BRÉSIL – Présidentielle: le « neuf doigts » de Flávio Bolsonaro contre Lula fait basculer le dernier débat
RIO DE JANEIRO -Il devait être le débat de l’apaisement. Il restera comme celui de la phrase de trop. ce vendredi 23 octobre, lors du second et dernier débat entre les deux finalistes à la présidentielle brésilienne sur TV Globo, à deux jours du second tour, Flávio Bolsonaro a provoqué un séisme en s’attaquant au handicap physique de Luiz Inacio Lula da Silva.
Alors que les deux hommes débattaient du pouvoir d’achat et du salaire minimum, le sénateur d’extrême droite (PL), 45 ans, fils de l’ancien président Jair Bolsonaro et arrivé en tête au premier tour avec 47% contre 45% pour Lula, a lancé: « Ça ne sert à rien, Lula, de donner avec une main et de reprendre avec tes neuf doigts ».

Une allusion directe au petit doigt de la main gauche que Lula a perdu à 17 ans, en 1963, alors qu’il travaillait de nuit comme ouvrier tourneur-fraiseur dans une usine métallurgique.
La salle s’est figée. Lula a immédiatement demandé un droit de réponse.
La réplique historique de Lula
Rarement avons-nous assisté à une humiliation politique d’une telle ampleur en direct. En un peu plus d’une minute, le président sortant a transformé l’insulte en un plaidoyer pour la dignité ouvrière.
Voici l’intégralité de ses propos, qui font désormais le tour du Brésil:
« Je n’avais pas l’intention d’utiliser mon temps de parole, mais je vais le faire maintenant, parce qu’il a dit quelque chose de très grave, et je ne peux pas laisser passer cela.
Il m’a appelé ‘neuf doigts’. Et je veux qu’il sache une chose: s’il y a quelqu’un ici, parmi toutes les personnes présentes, qui sait ce que signifie le monde du travail, c’est bien moi.
S’il y a quelqu’un qui a perdu un doigt à 17 ans, c’est moi. Je l’ai perdu en travaillant de nuit, alors que j’étais encore mineur et que je n’aurais même pas dû avoir le droit de travailler.
Et je ne permettrai pas à un milicien de m’appeler ‘neuf doigts’. Je ne le permettrai pas. Je ne le permettrai pas!
Il n’a jamais travaillé de sa vie. Il ne sait même pas ce qu’est un carnet de travail. Son premier emploi était un poste fictif que son père lui avait obtenu. Il était officiellement censé travailler avec son père, alors qu’en réalité, il se trouvait à Brasília.
Et maintenant, il vient ici pour m’appeler ‘neuf doigts’?
Tu vas devoir me présenter des excuses. Tu vas devoir me présenter des excuses, parce que les travailleurs de ce pays te regardent.
Des millions de travailleurs sont victimes d’accidents du travail à cause de l’irresponsabilité d’employeurs qui nous imposent des horaires et des conditions de travail insoutenables.
J’étais mineur et je travaillais de nuit, parce que je n’avais pas le choix: soit je travaillais, soit je ne mangeais pas.
Et je ne peux pas accepter qu’un gamin gâté, au parcours politique très contestable, vienne ici m’appeler ‘neuf doigts« .

Une séquence jugée « extrêmement malheureuse et discriminatoire » par les analystes, qui restera comme LA réplique du débat.
Des excuses en direct
Face à la colère du président, Flávio Bolsonaro a été contraint de faire machine arrière.
« Lula, si je t’ai offensé en t’appelant ‘neuf doigts’, alors je te présente mes plus sincères excuses », a-t-il déclaré, avant de tenter de retourner l’attaque: « Toi, présenteras-tu des excuses au peuple brésilien qui souffre de l’insécurité? »

Ce deuxième débat, au format beaucoup plus rigide que le premier du 18 octobre où Flávio Bolsonaro avait déambulé derrière Lula, devait permettre au sénateur de paraître plus présidentiable. L’objectif est manqué.
À la veille du scrutin de dimanche, les deux candidats sont donnés à égalité parfaite à 50% par l’institut Datafolha.
