Devant une foule de partisans venus en nombre, Faustin-Archange Touadéra a prêté serment ce lundi 30 mars pour un troisième mandat à la tête de la République centrafricaine. Déclaré vainqueur de l’élection présidentielle du 28 décembre 2025, le chef de l’État sortant a été investi lors d’une cérémonie solennelle au palais de la Renaissance, à Bangui, marquée par une mise en scène destinée à projeter l’image d’un pays en pleine renaissance.
Revêtu de l’écharpe présidentielle, Faustin-Archange Touadéra, 68 ans, a prêté serment devant la Cour constitutionnelle, les corps constitués et une assemblée de dirigeants étrangers et de diplomates. Dans son discours d’investiture, il a promis de « poursuivre l’œuvre de pacification et de reconstruction » engagée depuis son arrivée au pouvoir en 2016, saluant « une nation debout, fière et résolument tournée vers l’avenir ».
Le chef de l’État, dont le score a été officiellement fixé à 67,4 % des voix dès le premier tour, a appelé à l’unité nationale. « Ce troisième mandat est celui de la maturité démocratique et du décollage économique », a-t-il martelé, en présence de plusieurs chefs d’État de la sous-région, venus témoigner leur soutien.
Dans les rues de Bangui, l’événement a été préparé avec soin par les soutiens du président. Depuis plusieurs jours, des opérations de nettoyage et d’embellissement ont été menées dans les principaux quartiers. Des boulevards fraîchement bitumés, des bâtiments publics repeints aux couleurs nationales, et des portraits géants du président fleurissent aux carrefours stratégiques.
Dès l’aube, des milliers de sympathisants, drapeaux et t-shirts à l’effigie du président, ont convergé vers le centre-ville, dans une ambiance de kermesse nationale.
Mais derrière les fastes officiels, les défis restent immenses. Si l’autorité de l’État a été largement restaurée dans la capitale et les grands axes, de vastes zones rurales échappent encore au contrôle du gouvernement. Les violences intercommunautaires et les incursions de groupes armés, bien que moins fréquentes qu’au plus fort de la crise, continuent d’alimenter une instabilité chronique.
Par ailleurs, l’opposition et plusieurs observateurs internationaux ont dénoncé un scrutin présidentiel entaché d’irrégularités et une « confiscation du pouvoir judiciaire ». La Cour constitutionnelle, dont la composition est jugée trop proche du pouvoir, avait rejeté peu avant l’élection plusieurs recours visant à invalider la candidature de Touadéra, notamment au motif d’un dépassement du nombre de mandats autorisés par l’accord de paix de 2019, une clause que le camp présidentiel juge non contraignante.
Pour l’heure, aucun incident majeur n’a toutefois entaché la cérémonie, encadrée par un impressionnant dispositif de forces de l’ordre et de casques bleus de la Minusca.
En recevant ses homologues de la région, Faustin-Archange Touadéra a également cherché à affirmer son ancrage diplomatique. La Centrafrique, alliée stratégique de la Russie et bénéficiant du soutien militaire de paramilitaires russes, joue un rôle clé dans l’équilibre géopolitique du Sahel et de l’Afrique centrale.
Ce troisième mandat, l’un des plus longs jamais exercés dans l’histoire récente du pays, ouvre une période d’incertitudes : si les soutiens du président y voient la garantie de la stabilité, ses détracteurs redoutent un enlisement autoritaire.
En attendant, Bangui affiche sa détermination à tourner la page des années de guerre civile. Reste à savoir si cette renaissance promettra la paix durable que la Centrafrique espère depuis plus d’une décennie.
Siaminfos.com
