Un coup de massue pour des milliers de petits revendeurs d’internet, mais aussi pour une bonne partie des consommateurs guinéens. L’Autorité de régulation des postes et télécommunications (ARPT) a annoncé, par un communiqué publié le 30 mars 2026, l’interdiction immédiate des “Wi-Fi zones” installées et exploitées sans autorisation préalable sur l’ensemble du territoire. Une décision qualifiée de “dure” par Abdoulaye Barry, secrétaire général de la Fédération syndicale autonome des télécommunications (FESATEL), qui dénonce une mesure déconnectée des réalités économiques du pays.
L’ARPT justifie sa décision par une “prolifération préoccupante” de ces points d’accès à internet, qu’elle considère comme illégaux faute d’agrément. Dans son communiqué, l’institution met en demeure les fournisseurs de ces services de cesser “immédiatement et sans délai” leur activité, sous peine de sanctions.
Une mesure qui n’a pas manqué de susciter une vive réaction dans la cité. Invité par notre rédaction ce mardi 31 mars, Abdoulaye Barry n’a pas caché son incompréhension. “Nous sommes tous conscients que cette histoire de Wi-Fi zones est en train de soulager le peuple guinéen”, a-t-il d’abord martelé, avant de pointer ce qu’il considère comme une contradiction entre la régulation et les besoins urgents des ménages.
Pour le secrétaire général de la FESATEL, ces initiatives locales, souvent menées par de petits entrepreneurs de quartier, ont permis une démocratisation de l’accès à internet dans un pays où les offres classiques restent hors de portée pour une grande partie de la population. “Dans beaucoup de quartiers aujourd’hui, avec 5 000 francs guinéens, tu as la connexion durant 24h”, a-t-il illustré.
Face à cette réalité, il oppose le coût prohibitif des abonnements proposés par les grands opérateurs. “Aujourd’hui, avec la connexion d’Orange, de Mouna et autres, 600 000 francs guinéens par mois, ce n’est pas n’importe qui peut s’offrir ça, connaissant le SMIG qui ne fait pas 600 000 de nos francs. Il est à 540 000 francs guinéens. La Flybox d’Orange est à 450 000 francs, chez Mouna c’est à 600 000. Comment est-ce que quelqu’un qui est payé à 500 000 francs peut se connecter ?”, s’est-il interrogé avec gravité.
Interrogé sur le fondement légal de l’interdiction, Abdoulaye Barry a fait preuve de prudence tout en exprimant un doute. Il a rappelé que le réseau de télécommunications en Guinée repose sur deux niveaux : les opérateurs de téléphonie mobile et les fournisseurs d’accès à internet (FAI), ces derniers étant habilités à vendre l’internet “à domicile”. Mais la question centrale, selon lui, reste en suspens : “Est-ce qu’il est interdit à un particulier qui a déjà acheté la bande passante, soit chez les opérateurs, soit chez les FAI, de diffuser ce réseau à son entourage ? Est-ce qu’il y a une loi qui l’interdit ? Si ça existe, pour le moment, je ne sais pas.”
Avant d’ajouter : “Je viens de voir ce communiqué, il faut que je revoie les dispositions de la loi L018. Est-ce que cela interdit par la loi ?”
Au-delà du débat juridique, le syndicaliste en appelle au bon sens économique et social. Il estime que le rôle de l’ARPT ne devrait pas se limiter à la répression d’activités de survie, mais plutôt à une régulation qui favorise l’accès pour tous. “Je pense que quand on est régulateur, il faut intervenir dans le sens d’aider la population guinéenne”, a-t-il insisté.
Abdoulaye Barry invite les organisations de défense des consommateurs à interpeller l’ARPT sur ce qu’il considère comme une décision préjudiciable. En guise d’alternative, il préconise une ouverture du marché : “Donner la latitude aux opérateurs de téléphonie de faire la fibre optique, d’aller vers les ménages pour donner la connexion internet. S’il y a la concurrence, ça va faire diminuer le prix.”
Alors que l’ARPT menace de sanctions, la décision risque de se heurter à une réalité populaire bien ancrée, où ces Wi-Fi zones sont devenues pour des milliers de Guinéens, le seul accès abordable à un internet devenu essentiel.
Cheick Fantamadi pour Siaminfos.com
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