Lutte contre la spéculation sur le carburant à Mandiana : Deux gérants de stations-service mis aux arrêts
La lutte contre la spéculation sur le carburant s’intensifie en Haute-Guinée. Le procureur de la République près le tribunal de première instance de Mandiana a mené, ce jeudi 6 mars, une opération coup de poing dans la localité de Balandougouba. Cette descente surprise visait à contrôler l’application des mesures prises par les autorités locales pour enrayer la flambée des prix du carburant. Le bilan de cette opération est lourd : deux gérants de stations-service ont été interpellés et plusieurs dizaines de litres de carburant conditionnés pour le marché noir ont été saisis.
À l’origine de cette intervention, une réunion de crise présidée par le préfet, réunissant les inspecteurs de la Société Nationale des Pétroles (SONAP) et les distributeurs locaux. Face aux rumeurs persistantes de pénurie, le chef du parquet a voulu vérifier sur le terrain la bonne foi des acteurs. Mais les constats sont édifiants.
« Ma présence à Balandougouba s’inscrit dans le cadre du suivi des décisions prises par monsieur le préfet à l’issue d’une réunion tenue avec les inspecteurs de la SONAP, les gérants de stations et d’autres responsables locaux au sujet de la supposée crise de carburant », a déclaré d’emblée le procureur Abdoulaye Soumah.
Cependant, l’état des lieux dressé par le magistrat contraste fortement avec les engagements pris. Loin de respecter la réglementation, certains professionnels sont soupçonnés d’alimenter activement le circuit parallèle. « Mais les constats faits sur le terrain sont préoccupants, car il apparaît que certains gérants de stations se livrent eux-mêmes à des pratiques contraires aux règles », a déploré le procureur.
Le mécanisme de la fraude, tel que décrit par les autorités, est simple mais préjudiciable pour le consommateur. Alors que le prix officiel est fixé à 12 000 francs guinéens le litre (soit 240 000 GNF le bidon de 20 litres), certains gérants préféreraient vendre leur stock à des prix majorés à des revendeurs à la sauvette. Ces derniers répercutent ensuite cette hausse sur une population déjà en difficulté, allant jusqu’à exiger entre 500 000 et 1 000 000 de francs guinéens pour un simple bidon de 20 litres, et ce, malgré les démentis formels de la SONAP concernant une quelconque rupture d’approvisionnement.
Face à ce qu’il considère comme une entrave à l’ordre public économique, le parquet de Mandiana a décidé de frapper un grand coup. Les deux gérants arrêtés ont été placés en garde à vue et les bidons saisis serviront de pièces à conviction. Le procureur Soumah a été clair sur les intentions de la justice : mettre un terme à l’impunité.
« Il est inacceptable que des gérants de stations-service contournent les prix officiels en complicité avec des acteurs du marché noir. Les décisions prises par les autorités doivent être appliquées. Plus d’une dizaine de bidons ont été saisis et les deux gérants interpellés seront poursuivis conformément à la loi afin de servir d’exemple », a prévenu fermement Abdoulaye Soumah.
Cette opération à Balandougouba marque un tournant dans la gestion de la crise. Elle intervient dans un climat de fortes tensions sur la distribution des hydrocarbures dans plusieurs préfectures du pays. En dégainant l’arme judiciaire, les autorités de Mandiana envoient un signal fort : la spéculation ne restera pas impunie, et le respect des prix fixés par l’État sera désormais une priorité absolue.
Mohamed Aly Keïta, pour Siaminfos.com
