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Procès Diané en appel : l’État réclame 500 milliards GNF et vise les biens de la famille

Ce jeudi 5 mars 2026, la chambre d’appel de la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF) a examiné le dossier de l’ancien ministre de la Défense, Mohamed Diané. Lors d’une audience marquée par des réquisitions musclées, l’État guinéen a haussé le ton, réclamant une facture salée et un élargissement des saisies aux proches du condamné.

L’ex-ministre et homme fort du régime déchu, Mohamed Diané, n’a pas assisté physiquement à la barre, mais son ombre et son silence ont plané sur la salle d’audience. Ce jeudi, l’Agent judiciaire de l’État (AJE) et ses conseils ont détaillé les raisons pour lesquelles ils estiment que le verdict de première instance, rendu en décembre 2024, doit être revu à la hausse.

Devant les juges, Me Pépé Antoine Lama a dressé le portrait d’un dossier qu’il considère comme l’un des « plus solides » jamais traités par la juridiction financière. L’avocat de l’État s’est appuyé sur les enquêtes de l’Inspection générale d’État (IGE) pour quantifier le préjudice. Selon ces rapports, l’écart entre les dotations budgétaires allouées au ministère de la Défense durant la gestion de Mohamed Diané et les dépenses effectivement justifiées atteindrait un trou vertigineux de 500 milliards de francs guinéens.

Au-delà des chiffres, c’est l’attitude du prévenu qui a été au cœur de la stratégie de la partie civile. L’ancien ministre, qui a successivement occupé les postes d’enseignant-chercheur, de député et de ministre sous Alpha Condé, n’a pas fourni d’explications convaincantes sur l’origine de son patrimoine immobilier et financier.

« Le silence n’est pas neutre, il a un sens, a martelé Me Pépé Antoine Lama à la barre. Lorsque la justification n’est pas possible, il faut opter pour le silence. C’est un aveu de culpabilité. » Pour l’avocat de l’État, ce mutisme contraste avec la fortune colossale accumulée, et confirme l’impossibilité pour la défense de justifier un patrimoine disproportionné par rapport aux revenus officiels d’un universitaire devenu ministre. Il a d’ailleurs souligné que les avocats de la défense avaient, à un moment donné de la procédure, « boudé » le procès, preuve, selon lui, de la faiblesse de leur position.

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Sur le plan des réquisitions, la partie civile a demandé à la Cour d’appel de confirmer la culpabilité de Mohamed Diané pour les chefs de détournement de deniers publics, enrichissement illicite et blanchiment de capitaux. Mais l’exécutif ne compte pas s’arrêter là.

Le réquisitoire a introduit une nouveauté majeure : l’élargissement des mesures conservatoires. L’État demande désormais que la confiscation ne se limite pas aux seuls biens directement attribués à l’ancien ministre, mais qu’elle s’étende aux propriétés enregistrées au nom de son épouse, de ses enfants, ou de tout tiers qui pourrait servir de prête-nom.

Enfin, la partie civile a réclamé la somme de 500 milliards de francs guinéens au titre de réparations financières, soit le montant exact du préjudice allégué.

Pour mémoire, le 18 décembre 2024, la chambre de jugement de la CRIEF avait reconnu Mohamed Diané coupable. Il avait écopé d’une peine de cinq ans de prison ferme, d’une amende de 5 milliards de francs guinéens, ainsi que de la confiscation de plusieurs biens immobiliers et de lourdes réparations civiles.

Ce procès en appel, dont le délibéré est attendu dans les prochaines semaines, est perçu comme un test pour la justice guinéenne dans sa traque des biens mal acquis de l’ancien régime. La décision des juges dira si l’ardoise de l’ex-ministre de la Défense s’alourdit encore, et si ses proches devront, eux aussi, rendre des comptes.

Bah Mohamed pour Siaminfos.com

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