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Sabadou-Baranama: accusé de collusion avec des éleveurs maliens, le sous-préfet clame son innocence et pointe du doigt…

Entre destruction de cultures, abattage de bétail et arrestations musclées, la tension est à son comble dans la sous-préfecture de Sabadou-Baranama. Alors que la colère gronde et que des femmes se sont exhibées à moitié nues dans les rues de Kankan pour se faire entendre, le sous-préfet Oumar Camara sort du silence et livre sa version des faits, rejetant toute responsabilité dans l’installation controversée d’éleveurs transhumants maliens.

Le calme est plus que jamais fragile dans le district de Töron Banankö. A quelques heures d’une manifestation d’une rare intensité où des femmes, le foulard rouge noué autour de la tête et certaines à moitié nues, ont défilé pour dénoncer la destruction de leurs récoltes et exiger la libération de leurs proches, l’administration locale tente de reprendre la main. Mais les accusations fusent, et c’est désormais le sous-préfet de Sabadou-Baranama, Oumar Camara, qui se retrouve sur la sellette.

Joint par Siaminfos.com après la mobilisation de ce mercredi 11 mars, Oumar Camara a contre-attaqué, rejetant avec véhémence les soupçons de complicité avec les éleveurs transhumants maliens. « Je n’ai rien à voir avec cette affaire, pas plus que la mairie. Nous n’avons jamais été informés de l’arrivée de ces éleveurs », a-t-il martelé d’entrée, dénonçant ce qu’il considère comme une cabale.

Selon le récit du sous-préfet, l’installation des troupeaux maliens, forte de plusieurs centaines de têtes, s’est faite dans l’opacité la plus totale. « Nous avons appris à un moment donné que des éleveurs maliens s’étaient installés sur le territoire de Sabadou-Baranama, précisément à Banankö. J’ai vu la foule, mais cela ne m’a pas surpris. Nous étions en mission pour l’État », se défend-il.

Selon lui, ce sont des citoyens locaux qui ont donné l’alerte à la Mairie. Le maire l’aurait alors informé du dépôt d’une plainte. « Nous avons alors contacté le président du district pour comprendre qui avait autorisé cette installation », ajoute-t-il.

Face à l’urgence, des pourparlers ont été engagés avec les notables et les forces de l’ordre. « Nous avons demandé aux éleveurs de partir sous trois jours. Ils ont sollicité un délai plus long, et finalement un délai de quinze jours leur aurait été accordé », précise M. Camara, tentant de démontrer la réactivité de son administration.

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Au cœur des accusations populaires circule la somme de 30 millions de francs guinéens, que les habitants affirment avoir dû payer pour obtenir le départ des éleveurs. Sur ce point sensible, le sous-préfet confirme l’existence de cet argent, mais en détourne soigneusement la responsabilité.

« Quand nous avons questionné le président du district sur ce qu’il avait perçu, il a mentionné cette somme. Le maire lui a alors ordonné de la rapporter à la mairie pour restitution », déclare-t-il. Une déclaration qui jette une lumière trouble sur le rôle du président du district, présenté par le sous-préfet comme l’unique interlocuteur et organisateur de cette installation illicite. « Le président du district nous a affirmé publiquement que ni la sous-préfecture ni la commune n’étaient au courant. Les bêtes étaient déjà là depuis un mois quand nous l’avons appris », insiste-t-il, tentant ainsi de boucler la boucle.

La situation a basculé lorsque des chasseurs traditionnels du village, excédés, ont abattu plusieurs bœufs appartenant aux éleveurs. Un acte de justice populaire que le sous-préfet condamne fermement. « Nous avons été surpris d’apprendre qu’ils étaient allés tirer sur les bêtes. Cela ne relève pas de leur compétence, mais des forces de l’ordre et des éco-gardes », souligne-t-il.

Cette action a mis le feu aux poudres, provoquant l’intervention de la gendarmerie et l’arrestation de plusieurs villageois. « J’ai encouragé les personnes visées à se présenter. Certaines ont refusé, ce qui a conduit à des arrestations », rapporte-t-il, minimisant son rôle dans la répression qui a suivi.

Ce qui se joue à Töron Banankö dépasse le simple accès à la terre. C’est l’illustration parfaite de la crise chronique qui oppose agriculteurs sédentaires et éleveurs transhumants, exacerbée par la porosité des frontières et l’absence de cadastre clair.

Si la défense du sous-préfet Oumar Camara vise à blanchir l’administration centrale du district, elle met en lumière les dysfonctionnements criants de la chaîne de commandement locale. Comment des éleveurs ont-ils pu s’installer pendant un mois sans que la sous-préfecture en soit informée ? Pourquoi une transaction financière aussi élevée a-t-elle pu avoir lieu sans que l’autorité administrative ne s’en émeuve plus tôt ?

Kankan, Mohamed Aly Keita pour Siaminfos.com

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