Ce mardi 17 février 2026, la chambre des appels de la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF) a rendu un verdict retentissant. Le Dr Ibrahima Kourouma, ancien ministre de l’Éducation nationale, a été renvoyé des fins de la poursuite. La Cour a estimé que les délits de détournement de deniers publics et d’enrichissement illicite n’étaient pas constitués, ordonnant la restitution immédiate de tous ses biens.
Présidée par le juge Francis Kova Zoumanigui, la chambre des appels a infligé un cinglant démenti aux réquisitions de la partie civile. L’État guinéen, représenté par l’Agence Judiciaire de l’État, réclamait pourtant une condamnation exemplaire, demandant à la Cour d’infirmer la relaxe partielle de la chambre de jugement et de retenir l’ancien ministre dans les liens de la culpabilité pour un préjudice estimé à 612 milliards de francs guinéens et 12 millions de dollars américains.
Les conseils de l’État avaient même exigé, à titre de dommages et intérêts, le paiement de 5 milliards de francs guinéens, évoquant un « préjudice moral considérable » et « l’humiliation de l’État éducateur ». Mais la Cour n’a pas suivi cette argumentation. Dans son arrêt, elle a considéré que les faits reprochés n’étaient pas suffisamment établis et a débouté l’État de toutes ses prétentions.
Ce verdict en appel marque un revirement spectaculaire par rapport à la décision de la chambre de jugement. Le 14 mai 2025, Dr Ibrahima Kourouma avait été condamné à quatre ans d’emprisonnement pour enrichissement illicite, assortis d’une amende de trois milliards de francs guinéens et de la confiscation de la majeure partie de ses biens. Il avait néanmoins été relaxé pour le chef de détournement de deniers publics, une décision que l’État avait fait appel.
Incarcéré depuis le 21 avril 2022 à la Maison centrale de Conakry, l’ancien ministre aura passé près de quatre années derrière les barreaux avant que la justice ne reconnaisse son innocence. La chambre des appels a non seulement prononcé son renvoi pur et simple des fins de la poursuite pour tous les chefs d’accusation, incluant le détournement et le blanchiment de capitaux, mais elle a également ordonné la restitution de tous ses biens.
Ce jugement a été accueilli comme une immense victoire par les avocats de l’ancien ministre. Tout au long des plaidoiries, la défense n’a cessé de marteler qu’aucun élément probant ne permettait de quantifier un enrichissement illicite, rappelant que Dr Ibrahima Kourouma avait une vie professionnelle prospère avant d’entrer au gouvernement, en tant que propriétaire d’une pharmacie et médecin. Les avocats avaient toujours soutenu que les revenus et les biens de leur client étaient parfaitement justifiables, plaidant une relaxe pure et simple faute d’éléments suffisants.
En décidant que « les faits reprochés n’étaient pas suffisamment établis », la chambre des appels a ainsi fait prévaloir le principe fondamental du droit pénal selon lequel le doute doit profiter à l’accusé. Cette décision apparaît comme une critique implicite mais sévère des charges retenues en première instance.
Avec cette décision, la chambre des appels envoie un signal fort : celui d’une justice qui, dans son dernier ressort, sait reconnaître l’absence de preuves et rétablir un citoyen dans ses droits. Pour le Dr Ibrahima Kourouma, c’est la fin d’un long calvaire judiciaire. Aujourd’hui libre et lavé de tout soupçon, il retrouve l’intégralité de ses biens et son honneur.
Bah Mohamed pour Siaminfos.com.
