La Guinée, Siège du Centre Africain de Développement Minier : Une « victoire diplomatique » majeure pour le pays, selon l’économiste Mohamed Camara
La Guinée a été choisie pour abriter le siège du Centre Africain de Développement Minier (CADM). La décision a été entérinée par les chefs d’État et de gouvernement de l’Union africaine lors de leur 39e sommet, qui s’est tenu à Addis-Abeba, en Éthiopie. Cette désignation vise à offrir un cadre de travail autonome et à renforcer les capacités d’action du continent dans la gestion de son secteur minier.
Créé en 2013 et jusqu’ici hébergé au siège de l’Union africaine, le CADM sera donc relocalisé pour la première fois dans un pays membre, en l’occurrence la République de Guinée. Son mandat principal est de fournir une assistance technique et stratégique aux États africains pour une gestion responsable et bénéfique de leurs ressources minérales.
Pour la Guinée, ce choix est une reconnaissance de son poids croissant dans l’industrie minière africaine et mondiale. Le pays est déjà le deuxième exportateur mondial de bauxite et abrite l’un des plus grands projets miniers en développement sur la planète, Simandou. Au-delà de cet aspect, c’est une victoire diplomatique de taille.
« C’est une grande victoire diplomatique pour la République de Guinée. Il faut savoir que ce centre découle de la Vision minière africaine adoptée par l’Union africaine », s’est réjoui l’économiste Mohamed Camara, joint par Siaminfos.com.
Selon lui, cette réussite trouve ses racines dans les efforts diplomatiques engagés sous l’ancien président Alpha Condé. Il a cependant tenu à saluer la continuité et la ténacité des nouvelles autorités, qui ont su mener ce processus à son terme malgré un contexte difficile. « Sous le président Alpha Condé, beaucoup de démarches diplomatiques ont été engagées pour que ce siège soit accordé à la Guinée. Il faut rappeler qu’après 2021, nous avons passé près de quatre ans sous sanctions, ce qui aurait pu compromettre ces avancées. Mais les nouvelles autorités sont allées dans le même sens, avec détermination, et ont obtenu cette victoire en faisant en sorte que la candidature guinéenne soit la seule retenue », a-t-il expliqué.
Mais quelles seront les retombées économiques pour la Guinée à court, moyen et long termes ? Pour Mohamed Camara, l’avantage dépasse le simple prestige. Le CADM agira comme un catalyseur pour les investissements et le développement minier du continent, avec la Guinée en position de pivot.
« Actuellement, les échanges commerciaux entre pays africains ne représentent qu’environ 16% de nos échanges totaux. La Guinée possède de l’or et de la bauxite. Mais pour les transformer localement, nous avons besoin d’énergie à bas coût. Seule l’Afrique du Sud dispose de charbon en abondance. Aujourd’hui, notre bauxite ne va pas en Afrique du Sud ; elle part en Chine ou aux Émirats arabes unis. L’objectif de ce centre est donc de promouvoir l’intégration et les échanges dans le secteur minier africain. Il s’agit de créer un marché local des minerais, de favoriser leur transformation sur place et de mieux commercialiser les minéraux critiques nécessaires à la transition énergétique », a détaillé l’économiste.
Le centre aura également pour mission de stimuler l’exploration et l’investissement. « Aujourd’hui, la Guinée reste un pays sous-exploré. Nous exploitons à grande échelle la bauxite et l’or, mais nous disposons d’autres substances de grande qualité qui pourraient être explorées chez nous, ou servir de modèle pour d’autres pays africains. Financer cette exploration nécessite des moyens importants pour la recherche et le développement. La Guinée, en accueillant ce centre, va devenir le fer de lance d’une vaste opération marketing visant à « vendre » le potentiel du sous-sol africain aux investisseurs internationaux. Cela aidera l’ensemble des États à concrétiser la politique définie par la Vision minière africaine », a conclu Mohamed Camara.
Cheick Fantamadi pour Siaminfos.com
