Guinée – Burkina Faso: Pas d’expulsion, une fermeture de sites d’or à Siguiri – L’heure est à la vérité et à la fraternité
Le journal de la RTB a parlé de « Burkinabés expulsés de Guinée ». La réalité vérifiée est tout autre: Conakry n’a expulsé personne pour sa nationalité, elle a fermé une zone d’orpaillage clandestin à Siguiri et radié ses propres responsables. Entre les deux peuples frères, l’enjeu n’est pas la rupture, mais le renforcement de liens séculaires que l’Afrique a besoin de voir préservés pour la paix.
1. FACT-CHECKING: QUE S’EST-IL VRAIMENT PASSÉ À SIGUIRI ?
Affirmation reprise par la RTB: « Des Burkinabés expulsés de Guinée ».
Vérification: FAUX sur la qualification juridique, VRAI sur la détresse humaine.
Aucun texte officiel guinéen ne parle d’expulsion visant les Burkinabè. Voici les faits vérifiables:
– 29 octobre 2026: Suspension de toutes les activités d’exploitation artisanale de l’or dans la région de Siguiri, en attendant une régularisation.
– 2 novembre 2026: Communiqué conjoint de cinq ministères guinéens (Mines, Administration du Territoire, Défense, Sécurité, Environnement) lu à la RTG par le général Mamadou Aliou Sow. Le texte annonce l’interdiction totale de l’exploitation anarchique de l’or à Siguiri.
Que dit ce texte ? Il interdit les dragues, l’extraction et le lavage dans les lits et berges des cours d’eau, l’usage du mercure, du cyanure, des explosifs. Il interdit l’orpaillage dans les zones protégées, les forêts classées, les terres agricoles, les pâturages. Il précise que les forces déployées « vérifieront l’identité et la régularité du séjour des personnes présentes sur les sites » et que « les étrangers en situation irrégulière feront l’objet des procédures prévues par la loi, quelle que soit leur nationalité ». Aucune nationalité n’est citée.
Pourquoi cette fermeté ? En 2024, la Guinée a produit 72 tonnes d’or, dont 70% venaient de l’artisanal. À Siguiri, le bassin du fleuve Niger et du Tinkisso, site Ramsar Niger-Tinkisso, est pollué, ensablé, les terres agricoles détruites. Le cyanure et le mercure menacent les générations futures. Le président burkinabè lui-même, le capitaine Ibrahim Traoré, a dénoncé récemment les mêmes ravages causés par le cyanure sur les sites d’orpaillage au Burkina Faso. Le combat est donc commun, pas nationaliste.
– 3 novembre 2026: La preuve que ce n’est pas une opération anti-burkinabè. Le président Mamadi Doumbouya a radié 22 administrateurs territoriaux de la région de Siguiri, dont le préfet et gouverneur par intérim, le colonel Fayimba Mara, et 17 sous-préfets, accusés d’avoir « favorisé l’orpaillage illégal ». Le même jour, la ministre de l’Administration du Territoire et de la Décentralisation (MATD), Djénabou Touré, a limogé 479 présidents de districts et de quartiers de Siguiri, pour complicité présumée, notamment « à travers l’accueil et l’installation d’étrangers en situation irrégulière ». Conakry a donc sanctionné d’abord ses propres responsables, Guinéens.
Conclusion du fact-checking: Il n’y a pas eu d’arrêté d’expulsion collective des Burkinabè. Il y a eu une fermeture de sites illégaux qui a privé de revenus, du jour au lendemain, des milliers d’orpailleurs de toutes nationalités – Guinéens, Burkinabè, Maliens et autres – qui vivaient dans des abris de fortune sur ces sites. Privés de travail, beaucoup sont partis d’eux-mêmes, d’autres ont été contrôlés et refoulés dans le cadre des procédures de séjour. La détresse est réelle, la qualification d’« expulsion ethnique » est, elle, inexacte et dangereuse.
Il faut le dire aussi avec honnêteté: les allégations de violences, de blessés, y compris par balles, évoquées par le ministre burkinabè, doivent faire l’objet d’une enquête conjointe et transparente. Aucune opération de police des mines ne peut justifier des traitements cruels, inhumains et dégradants. C’est là que la fraternité doit parler par les faits, pas par les slogans.
2. CE QUE DIT LE JOURNAL DE LA RTB
Dans son journal, la présentatrice de la RTB lance le sujet ainsi:
« Ils étaient partis chercher fortune. Ils reviennent avec des blessures, des larmes et le souvenir d’une épreuve traumatisante. Expulsés de Guinée Conakry, des milliers de Burkinabés ont trouvé refuge à l’ambassade du Burkina Faso au Mali. »
Puis elle donne la parole au chef de la délégation gouvernementale burkinabè en mission à Bamako, le ministre de la Sécurité, le commissaire divisionnaire de police Mahamadou Sana.
Voici l’essentiel de sa déclaration:
« Nous avons été mandatés par le camarade Président du Faso et le Premier ministre de venir non seulement évaluer la situation et d’identifier aussi les différents problèmes, et aussi d’apporter l’assistance nécessaire à nos compatriotes, mais aussi de voir dans quelle mesure organiser de façon digne et décente le rapatriement de nos compatriotes. »
« Dès notre arrivée, nous avons bénéficié de l’hospitalité légendaire de nos homologues du Mali et nous avons pu tenir une séance de rencontre pour évaluer réellement la situation. »
« Des mesures ont été déjà prises par nos frères du Mali en termes d’accompagnement et d’assistance humanitaire. Toute chose qui a permis aussi de soulager nos compatriotes. »
« Nous avons réfléchi sur la meilleure stratégie pour non seulement renforcer cet accompagnement et cette assistance humanitaire, mais également voir dans quelle mesure, à partir de demain, dans les meilleurs délais en tout cas, pouvoir ramener nos compatriotes au Burkina Faso. »
« Une centaine de bus a été déjà mobilisée, dont cinquante sont déjà en route sur le territoire malien pour que, dès demain, nous organisions ce rapatriement. Et aussi, à partir du Burkina Faso, des sites d’accueil ont été déjà identifiés, organisés, également le retour de ces compatriotes dans leurs familles respectives. »
Le ministre regrette ensuite que l’opération n’ait pas été annoncée:
« Cette opération malheureusement est fort déplorable et regrettable. Parce qu’on se dit qu’une telle opération ne peut quand même pas être déclenchée sans une planification. […] En aucun cas, ni les autorités maliennes, ni les autorités burkinabè n’ont été informées à l’avance de cette opération. »
Il termine par un remerciement appuyé au Mali.
3. DES LIENS SÉCULAIRES À PRÉSERVER, PAS À CASSER
Guinée et Burkina Faso ne sont pas deux voisins ordinaires. Ce sont deux peuples liés par le sang, par l’histoire, par les marchés, par les mariages, par la langue, par les routes de l’or et du commerce depuis des siècles.
La Guinée n’est pas un pays xénophobe. De son indépendance à nos jours, elle a hébergé des Sud-Africains, des Angolais, des Bissau-Guinéens, des Libériens, des Sierra-Léonais fuyant les guerres. Environ 45 000 Burkinabè vivent en Guinée, pour la plupart en paix, depuis des années. De la même manière, des milliers de Guinéens vivent au Burkina Faso et au Mali.
Ce qui s’est passé à Siguiri ne doit pas devenir un prétexte pour dresser les peuples les uns contre les autres sur les réseaux sociaux. Les images subversives, les récits sensationnalistes, les mots comme « chasse » ou « expulsion » ne servent ni Conakry, ni Ouagadougou, ni Bamako. Ils servent ceux qui veulent voir l’Afrique divisée.
L’Afrique a besoin de paix. Elle a besoin de ses États qui appliquent leurs lois – oui, la Guinée a le droit souverain de protéger son environnement et son or – mais qui le font *en concertation avec leurs frères*, en prévenant, en protégeant les personnes, en garantissant leurs biens et leur dignité.
Elle a besoin aussi d’États qui protègent leurs ressortissants – oui, le Burkina Faso a le devoir de rapatrier ses fils dans la dignité – mais qui le font *sans transformer une mesure administrative en crise diplomatique*.
Le Mali, en accueillant avec « hospitalité légendaire » ces frères en transit, a montré la voie: celle de la solidarité africaine.
4. CE QU’IL FAUT FAIRE MAINTENANT: RENFORCER, PAS ROMPRE
1. Une commission tripartite Guinée – Burkina – Mali, pour faire la lumière sur les violences alléguées, recenser les pertes, et garantir le retour des biens.
2. Un mécanisme d’alerte préalable: aucune opération d’envergure touchant des ressortissants étrangers ne devrait être menée sans information préalable des ambassades concernées.
3. Une régularisation concertée de l’orpaillage: un corridor légal pour les orpailleurs ouest-africains, avec des comptoirs agréés, des permis, et l’interdiction stricte du cyanure et du mercure, partout, au Burkina comme en Guinée.
4. Un pacte de non-agression médiatique: que les télévisions publiques des deux pays cessent les mots qui blessent et privilégient les mots qui réparent.
La Guinée a montré qu’elle sait sanctionner ses propres responsables quand ils faillissent. Le Burkina Faso a montré qu’il sait mobiliser 100 bus en 72 heures pour ne laisser aucun de ses enfants à l’abandon. Le Mali a montré qu’il sait accueillir.
Ces trois forces mises ensemble, c’est l’Afrique qui gagne.
Siguiri ne doit pas être le nom d’une rupture. Il doit devenir le nom d’une leçon: celle où deux États frères ont su transformer une crise minière en un renforcement de leurs liens séculaires.
Par A16– Pour siaminfos.com
Sources: Journal RTB, Communiqué conjoint du Gouvernement guinéen du 2 novembre 2026, Décret de radiation du 3 novembre 2026, Déclaration du Ministre Mahamadou Sana à Bamako.
