Dissolution de l’UFDG : à Labé, des militants dénoncent un complotage politique et réaffirment leur fidélité à Dalein
La décision des autorités guinéennes de dissoudre l’Union des Forces Démocratiques de Guinée (UFDG), aux côtés de 39 autres formations politiques, suscite des réactions contrastées mais majoritairement critiques au sein de la fédération de Labé, fief historique du parti de Cellou Dalein Diallo.
Si l’annonce officielle a plongé de nombreux militants dans la stupéfaction, elle a aussi été accueillie avec un sentiment d’amertume mêlé de résignation. Interrogés, plusieurs cadres et sympathisants locaux perçoivent cette mesure moins comme une procédure administrative que comme une manœuvre délibérée pour écarter la principale force d’opposition du paysage électoral à venir.
Pour certains, la dissolution ne fut pas une totale surprise. C’est le cas de Mamadou Bah, connu sous le nom de Maître Mamadou Kouroula. Tout en condamnant fermement la décision, il estime qu’elle était inscrite dans la logique des événements récents. Il dénonce toutefois les véritables motivations qu’il prête aux autorités, selon lui bien éloignées des raisons officielles avancées.
« Nous nous attendions à cette décision des autorités. Nous savons qu’ils sont nombreux, ces militants et responsables du parti qui ont profité de l’UFDG pour obtenir des avantages. Mais Dieu merci, nous, nous avons toujours gardé notre dignité. Ils ont dissous le parti pour une simple raison : ils savent que l’UFDG dispose d’une popularité exceptionnelle à travers le pays et même à l’international. Ils ont simplement agi pour des calculs politiques. Sinon, personne ne peut comprendre qu’un grand parti comme l’UFDG soit dissous », a-t-il laissé entendre, insistant sur le poids électoral de la formation politique.
Dans les rues de Labé, la dissolution ne semble pas entacher la loyauté des militants envers leur leader historique. A Mamadou Saliou Diallo, un autre militant, a tenu à réaffirmer son attachement à Cellou Dalein Diallo tout en revenant sur ce qu’il perçoit comme une rupture de confiance avec le CNRD.
« A la prise du pouvoir par le CNRD, il était animé par de bonnes intentions. Les propositions étaient également bonnes. L’UFDG les a soutenus dans ce sens. Mais au fil du temps, ils se sont égarés en perdant leur feuille de route. À partir de là, il y a eu un divorce entre le parti de l’UFDG et le CNRD. Depuis, le CNRD a inscrit dans son plan d’action la dissolution du parti. Nous, nous attendions à cela. Tout ce qu’ils peuvent dire aujourd’hui, c’est qu’ils ont dissous le parti, mais ils ne peuvent pas enlever l’amour que nous avons pour lui, ni notre conviction et notre détermination », a-t-il déclaré.
Avant d’ajouter, sur le ton de la défiance : « Nous restons fidèles à Cellou Dalein Diallo, parce que nous sommes convaincus que seul lui, ou quelqu’un ayant les mêmes compétences que lui, peut développer le pays. C’est une décision qui était planifiée depuis longtemps. Nous sommes convaincus que ceux qui ont quitté le parti pour adhérer au gouvernement de Mamadi Doumbouya ont été attirés par cette situation qui était déjà actée depuis longtemps. Il ne restait que l’exécution de la décision. »
L’inquiétude majeure des militants de Labé réside dans l’impact de cette dissolution sur les prochaines échéances électorales. Alors que les scrutins locaux et législatifs se profilent, Amadou Sadio Diallo est convaincu que l’objectif inavoué du gouvernement est d’exclure l’UFDG de la compétition pour installer des dirigeants choisis par le pouvoir.
« C’est une décision surprenante pour nous, militants de l’UFDG, parce que le parti était prêt à respecter toutes les exigences liées au renouvellement de ses instances. C’est le ministre lui-même du MATD qui avait empêché la tenue du congrès. À travers cela, ils nous ont montré qu’ils usent de la dictature plutôt que de la démocratie », a-t-il fustigé.
Il poursuit en expliquant la crainte générale : « Mais leur intention est claire : c’est une manière d’empêcher le parti de participer aux élections législatives et aux élections communales. Ils veulent disqualifier le parti afin de choisir eux-mêmes les personnes qu’ils souhaitent voir diriger, contre la volonté des citoyens. »
Contacté par notre rédaction pour recueillir la réaction officielle de la fédération, le secrétaire fédéral de l’UFDG de Labé, Mamadou Bachir Koula Diallo, n’a pas donné suite à nos sollicitations.
Alors que l’avenir politique de l’UFDG reste incertain, à Labé, la dissolution semble avoir renforcé, pour l’heure, le sentiment d’injustice et la détermination des militants à soutenir leur leader, quelles que soient les décisions de la Transition.
Labé, Bachir Diallo pour siaminfos.com
