Dr Morissanda : « Ceux qui sont en train de nous insulter, quand ils quittent ce pays, ils jettent le passeport guinéen »
Dans une sortie remarquée et empreinte de révélations plus ou moins croustillantes, le ministre guinéen des Affaires étrangères, de l’Intégration africaine et des Guinéens établis à l’étranger est revenu sur la transformation profonde de la délivrance des passeports. Entre révélation sur le mépris passé pour le document et annonces concrètes pour la diaspora, le chef de la diplomatie n’a pas mâché ses mots, dénonçant de passage l’hypocrisie de certains détracteurs.
La confidence était lourde de sens. Revenant sur une époque pas si lointaine, le ministre a brossé le tableau d’un désamour profond entre les Guinéens et leur propre document d’identité. Un désamour qui prenait une tournure particulièrement amère chez ceux qui, aujourd’hui, «vitupèrent» depuis l’étranger.
Le ministre a livré un constat accablant : « Ceux qui sont en train de nous insulter, quand ils quittent ce pays, ils jettent notre passeport. Ils jettent le passeport guinéen. »
Pour appuyer ses dires, il a révélé une découverte pour le moins éloquente : « Nous avons ramassé des passeports, 50000. Ces passeports étaient donc à 2 ans, 6 mois, 7 mois. » Un chiffre, 50 000, qui témoigne de l’ampleur du phénomène et contraste violemment avec les discours enflammés de ceux qui se posent en défenseurs de la patrie depuis leurs terres d’accueil, indique le ministre. « C’est aujourd’hui qu’ils sont patriotes », a-t-il ironisé, dénonçant cette contradiction flagrante.
Face à ce constat, le gouvernement a engagé une réforme de fond, centrée sur la dignité et la praticabilité. Le ministre a tenu à rendre hommage au Chef de l’État pour avoir compris l’urgence de la situation.
« J’ai prié le chef de l’État, je lui ai expliqué. Non seulement il a accepté que l’on mette des machines dans chaque ambassade ». L’objectif était clair : mettre fin au parcours du combattant.
Désormais, le processus est simplifié et décentralisé, poursuit-il. « Le Guinéen, quand il se lève, là où il est, dans le pays où il est, qu’il aille dans l’ambassade de la Guinée, qu’il fasse ses empreintes et qu’on lui envoie son passeport. C’est ce qu’on a fait. » Un système qui a considérablement réduit les délais : « Vous allez dans l’ambassade. On prend vos empreintes. Dans 15 jours, vous avez votre passeport. Nous l’avons fait. »
Une avancée majeure qui, selon le ministre, est restée ignorée des critiques. « Ça, ça n’a pas été dit dans les injures. Aujourd’hui, les Guinéens, ils s’enrôlent, ils prennent leur passeport, ils se déplacent plus. »
Mais la volonté de restaurer le lien avec la diaspora ne s’arrête pas à la simplification administrative. Soucieux de protéger ceux qui souhaitent investir dans leur pays d’origine, le gouvernement a mis en place un filet de sécurité financier. Le ministre a ainsi révélé la signature de protocoles d’accord avec des banques, préférant taire leurs noms par souci de discrétion : « Je ne dirai pas le nom de la banque. Je ne veux pas lui faire de publicité. »
L’initiative répond à une crainte récurrente exprimée par les Guinéens de l’étranger : « Si on envoie de l’argent à notre cousin, si on envoie de l’argent à notre frère, ils vont le dilapider et le jour où nous viendrons voir où est notre maison, elle n’est pas là. »
Désormais, une solution existe. « Nous avons signé un protocole d’accord avec une banque et nous allons le faire avec d’autres, pour que les Guinéens soient couverts. S’ils veulent transférer de l’argent pour construire, qu’ils envoient dans cette banque qui garantit leur avoir qu’ils ont eu à la sueur du front. »
Le message du chef de la diplomatie se veut un appel à l’unité et à la reconnaissance du travail accompli : « Non, on fait pour la Guinée. On fait pour le peuple de Guinée, pour la dignité guinéenne. » Un plaidoyer pour que cessent les « injures » et que soient enfin salués les efforts concrets visant à redorer le blason du pays et à protéger ses enfants, où qu’ils se trouvent.
Bah Mohamed pour Siaminfos.com
