Dans une sortie aussi rare que puissante, le chef de la diplomatie guinéenne, Dr Morissanda Kouyaté, a riposté avec émotion à ses détracteurs. Lors d’une prise de parole qui a rapidement enflammé la toile, le ministre des Affaires étrangères, de l’Intégration africaine et des Guinéens établis à l’étranger est revenu sur un argument récurrent utilisé contre lui : le fait d’avoir sa famille à l’étranger.
Face à ceux qu’il qualifie de « ceux qui viennent de naître » en politique, l’éternel lutteur contre les violences faites aux femmes a tenu à rétablir ce qu’il considère comme la vérité historique de son combat.
« Je viens de la diaspora, j’ai fait 20 ans à l’extérieur », a-t-il rappelé d’emblée, plantant le décor d’un homme qui connaît aussi bien les réalités du terroir que de l’international.
Le ton est rapidement monté d’un cran lorsque le ministre a évoqué les attaques personnelles dont il fait l’objet concernant la résidence de ses proches. Selon lui, ces critiques, souvent formulées par « ceux qui disent : il a envoyé ses enfants à l’extérieur », occultent volontairement le contexte de violence dans lequel cette décision a été prise.
C’est un récit intime et douloureux que Dr Kouyaté a choisi de partager. Loin d’être un privilège ou une volonté de s’exiler, l’expatriation de sa famille était, selon ses dires, une mesure de sécurité vitale. Il raconte avoir été la cible de fatwas et de malédictions dans les lieux les plus sacrés du pays.
« Lorsqu’on me maudissait, ici à la Grande Mosquée, parce que j’ai entrepris de défendre les femmes et les filles contre l’excision. Ici, on me maudissait dans toutes les Mosquées, parce que je défendais les femmes », a-t-il confié, laissant transparaître une blessure ancienne.
A l’en croire, c’est cette campagne de haine religieuse et sociale qui a fini par mettre sa progéniture en danger. « On menaçait mes enfants. Je ne voulais pas être responsable de ça », a-t-il justifié.
Le ministre a tenu à préciser que cette décision n’était ni récente ni opportuniste. « J’ai placé ma famille à l’abri, parce que c’est moi qui lutte. Et j’ai placé ma famille il y a 30 ans », a-t-il martelé.
En conclusion de cette charge émotionnelle, Dr Morissanda Kouyaté a renversé la narration : le véritable exilé, ce n’est pas lui, mais bien sa famille, contrainte de fuir pour survivre aux représailles de son engagement citoyen.
« Nous avons fui une menace », a-t-il tranché, rappelant que son combat contre les mutilations génitales féminines et pour les droits des femmes, bien qu’aujourd’hui porté au plus haut niveau de l’État, s’est longtemps mené au péril de sa vie et de celle des siens.
Bah Mohamed pour Siaminfos.com
