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Kankan : à moitié nues, des femmes de Töron Banankö manifestent contre la transhumance et exigent…

À moitié nues et coiffées de rouge, des femmes du village de Töron Banankö ont manifesté dans les rues de Kankan ce mercredi pour exiger la libération de leurs proches et dénoncer l’inaction des autorités face aux dégâts causés par les troupeaux transhumants.

Parties à l’aube de leur localité, vêtues de simples pagnes, la tête ceinte de foulards rouges, un symbole fort de malédiction et de détermination, elles ont défilé du quartier Kankancoura jusqu’aux portes de la préfecture. Leurs slogans, hostiles à la transhumance, visaient directement le sous-préfet, accusé de passivité, voire de complicité, face à l’installation prolongée d’éleveurs venus du Mali et de leurs troupeaux.

Le cœur de leur révolte est simple et tragique : la survie. « Nous ne voulons plus de ces bêtes chez nous. Nous sommes ici pour exiger la libération de nos parents emprisonnés. Nos champs de manioc, nos ignames, tout est ravagé. Les jardins de nos maris aussi », a lancé, la voix tremblante de rage, Assetou Camara, une habitante du village.

Le cortège des femmes a rapidement pris des allures de bras de fer avec les autorités. Leur revendication est double : le départ immédiat des troupeaux et la libération de plusieurs jeunes du village, incarcérés après un affrontement violent. Excédés par la destruction de leurs récoltes, ces derniers étaient allés en brousse et avaient abattu une douzaine de bœufs appartenant aux éleveurs.

« Cela fait plusieurs jours que mon mari est en prison. Nos cultures sont anéanties. Nous demandons qu’on nous aide à faire partir ces troupeaux et à libérer nos maris. Nous sommes épuisées », a témoigné Sama Konaté, exprimant le sentiment d’abandon d’une communauté tout entière.

Les manifestants ne dénoncent pas seulement les dégâts matériels, mais aussi le sentiment d’avoir été bernés par l’administration locale. Sékou Condé, un villageois, a rappelé la chronologie d’un échec annoncé. « Nous avions alerté le sous-préfet dès l’arrivée des premiers troupeaux. Il nous avait promis qu’ils seraient renvoyés dans les quinze jours. Trois mois plus tard, ils sont toujours là. »

Pire encore, la communauté affirme avoir été contrainte de rembourser aux éleveurs une somme d’environ 30 millions de francs guinéens, perçue initialement pour l’installation des bêtes. Une concession douloureuse qui n’a, elle non plus, rien réglé. « Nous avons rassemblé l’argent et nous les avons remis. Mais rien n’a changé. Nos champs sont dévastés : plus de manioc, plus de riz, plus de fonio, plus d’ignames », a ajouté M. Condé, illustrant l’ampleur du désastre agricole.

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Face à une foule dont la détermination frisait l’émeute, les autorités préfectorales et judiciaires ont dû réagir dans l’urgence. Une réunion de crise a été convoquée avec les représentants de la communauté. Le procureur général près la cour d’Appel de Kankan, Marwane Baldé, a reconnu la légitimité de la colère des manifestants.

« Les citoyens de Sabadou-Baranama sont venus manifester à la préfecture. Leur mobilisation frisait l’émeute. Nous avons donc dû nous déplacer pour comprendre ce qui se passe. Il est avéré que ces citoyens sont victimes de la destruction de leurs cultures. Ils avaient déjà alerté les autorités locales, sans succès », a-t-il déclaré à l’issue de la rencontre.

Pour désamorcer la crise, les autorités ont annoncé des mesures immédiates. « Les mis en cause ont sollicité une mise à disposition. Cette mesure sera accordée dans le respect de la loi », a précisé le procureur, ouvrant la voie à une libération provisoire des jeunes détenus, tout en précisant que l’enquête suivrait son cours pour établir les responsabilités de chacun dans l’abattage des bêtes.

Ce mouvement de protestation spectaculaire met en lumière un problème chronique en Haute-Guinée et dans toute la zone frontalière. La cohabitation entre agriculteurs sédentaires et éleveurs transhumants, pourtant régie par des accords sous-régionaux, tourne régulièrement au conflit. La destruction des cultures, la compétition pour les ressources en eau et en pâturage, et l’application jugée laxiste des règlements par les autorités locales créent un terreau fertile pour la violence.

La révolte des femmes de Töron Banankö, par sa forme extrême et symbolique, a forcé une réponse rapide des autorités. Reste à savoir si les mesures annoncées ne seront qu’un pansement sur une plaie vive ou le début d’une solution durable pour garantir la paix sociale et la sécurité alimentaire dans une région où l’agriculture est le poumon de l’économie.

Kankan, Mohamed Aly Keita pour Siaminfos.com

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