Kankan, l’ONG AGIL explique les poursuites contre des chefs de quartiers pour blocage du retour des moustiquaires
À Kankan, la controverse autour de la distribution des moustiquaires imprégnées à longue durée d’action (MILDA) a pris une dimension judiciaire. L’ONG AGIL, sous-récipiendaire du Fonds mondial pour la lutte contre le paludisme, a justifié le dépôt de plaintes contre certains chefs de quartiers de la commune urbaine. Dans un entretien avec la presse, Sékou Kaïssa Cissé, chef du bureau régional de l’ONG, a affirmé que les blocages constatés ne relèvent pas d’un dysfonctionnement du dispositif national, mais du refus de certains responsables locaux d’assurer le retour des moustiquaires non distribuées vers les centres de santé.
Selon AGIL, la distribution des MILDA s’est déroulée du 26 au 30 mai 2025, conformément aux directives du Programme national de lutte contre le paludisme (PNLP). L’ONG, qui couvre les cinq préfectures de la région de Kankan à travers 84 centres de santé, précise que le rôle des chefs de quartiers, après les cinq jours de distribution, consistait uniquement à conserver les moustiquaires restantes en attendant leur retour vers les structures sanitaires. L’ajustement du ministère – plafonnement du nombre de moustiquaires par ménage en raison d’une disponibilité nationale limitée – avait, selon elle, été largement communiqué via les radios locales.
L’ONG indique que les problèmes sont apparus uniquement dans la commune urbaine de Kankan, les autres préfectures n’ayant signalé aucun incident majeur. Le point de tension concerne ce que M. Cissé décrit comme un refus catégorique de certains chefs de quartiers et gestionnaires de sites d’assurer la « logistique inverse », c’est-à-dire le retour des moustiquaires excédentaires vers les centres de santé.
Ces stocks restants sont destinés à des publics prioritaires : femmes enceintes, femmes allaitantes et enfants de moins de cinq ans. Ils doivent être utilisés dans le cadre des consultations prénatales et des services de santé infantile. Face à ces blocages, AGIL affirme avoir épuisé toutes les voies de médiation : alertes écrites aux responsables administratifs et sanitaires, implication de la mairie, intervention de l’inspection régionale de la santé et saisie du gouvernorat.
Certaines entreprises mandatées pour récupérer les moustiquaires auraient été confrontées à des refus nets sur le terrain. Si plusieurs chefs de quartiers ont fini par restituer les stocks après concertation, d’autres seraient restés inflexibles, justifiant la saisine de la justice comme ultime recours. « Le recours à la justice n’est pas une confrontation, mais un moyen de garantir le retour des moustiquaires dans les centres de santé », a insisté Sékou Kaïssa Cissé. Il a par ailleurs rejeté toute accusation de détournement visant AGIL : « Aucun personnel de l’ONG n’est impliqué dans un usage frauduleux des MILDA. »
Quelques heures après une rencontre avec les policiers chargés de l’enquête, plusieurs chefs de quartiers ont finalement accepté de restituer les moustiquaires encore en leur possession. Ces MILDA ont été directement transportées vers les postes de santé des quartiers concernés, en présence de médias locaux.
En attendant les conclusions de l’enquête et la suite de la procédure judiciaire, les habitants de Kankan suivent l’évolution de ce dossier. L’enjeu est de taille : garantir que les moustiquaires destinées aux femmes enceintes et aux jeunes enfants, principales victimes du paludisme dans la région, parviennent effectivement aux structures de santé.
Kankan, Mohamed Aly Keita pour Siaminfos.com.
