Le procès très attendu des dix-sept jeunes interpellés à Siguiri lors d’une manifestation contre l’exploitation des engins de chantier s’est achevé ce vendredi 27 février sur un verdict de clémence pour la majorité des prévenus. Pour des raisons logistiques, l’audience du tribunal de première instance de Siguiri s’est exceptionnellement tenue dans l’enceinte de la Cour d’appel de Kankan, sous haute surveillance.
Les faits remontent à plusieurs semaines, lorsque des jeunes de la localité avaient protesté contre ce qu’ils considèrent comme une « exploitation anarchique » des machines Poclains dans les zones d’orpaillage, un sujet sensible dans la région minière de la Haute-Guinée. Le mouvement, parti d’un ras-le-bol populaire, avait dégénéré, entraînant l’interpellation de dix-sept personnes, dont deux élèves.
À la barre, les profils et les accusations étaient variés. La plupart des prévenus répondaient de participation à un attroupement non armé, de troubles à l’ordre public et de dégradation de biens. Devant le juge, ils ont majoritairement contesté les faits, plaidant la simple présence sur les lieux.
L’attention du tribunal s’est rapidement portée sur deux hommes portant le même patronyme, mais aux casiers judiciaires et aux rôles bien distincts.
Mamadi Sylla, alias « Top Sie », présenté comme l’une des figures de proue du mouvement, n’a pas nié son implication. Il a assumé avoir mobilisé la jeunesse pour dénoncer la gestion des ressources et l’utilisation des gros engins qu’il juge prédatrice. « Nous voulions nous faire entendre pacifiquement », a-t-il déclaré, assurant n’avoir jamais appelé à la violence.
Le second Mamadi Sylla, sans lien avec le premier, était poursuivi pour un tout autre motif. Il lui était reproché d’avoir profité du chaos ambiant pour tenter de s’emparer d’un véhicule pick-up appartenant à des ressortissants chinois. Un vol aggravé qu’il a vigoureusement contesté, sans pour autant convaincre le ministère public.
Dans ses réquisitions, le procureur de la République avait fait preuve de fermeté, tout en distinguant les niveaux de responsabilité. Pour le commun des prévenus, il avait requis six mois d’emprisonnement, dont trois assortis de sursis. Pour « Top Sie », en tant que meneur présumé, il avait demandé douze mois de prison, dont neuf avec sursis, ainsi qu’une amende d’un million de francs guinéens.
La défense, menée par plusieurs avocats, a plaidé l’insuffisance de preuves. Elle a martelé que pour la plupart de leurs clients, la détention provisoire avait déjà constitué une sanction suffisante, et a demandé une relaxe pure et simple.
Après de longues délibérations, le tribunal a rendu son verdict, qui s’apparente à un désaveu partiel des charges les plus lourdes :
Quinze des dix-sept prévenus ont été renvoyés des fins de la poursuite. La juridiction a estimé que les charges retenues contre eux n’étaient pas suffisamment établies pour justifier une condamnation. Mohamed Kanté et Aly Cissé ont également vu leur délit jugé « non constitué ».
Mamadi Sylla, alias « Top Sie », a été reconnu coupable de « provocation à un attroupement non autorisé ». Il a écopé de six mois d’emprisonnement, dont cinq avec sursis, et d’une amende de deux millions de francs guinéens. Il n’effectuera donc qu’un mois de prison ferme, qu’il a probablement déjà purgé en détention provisoire.
Le deuxième prévenu, accusé de vol aggravé, a été jugé coupable. Il a été condamné à une peine de trois ans d’emprisonnement, dont deux avec sursis, laissant un an ferme. Il devra également s’acquitter d’une amende de cinq millions de francs guinéens.
À l’issue de l’audience, le procureur de la République, Dominique Cécé Loua, s’est exprimé sobrement, indiquant que la décision du tribunal « suit partiellement les réquisitions du ministère public », notamment sur le principe de la culpabilité des deux principaux accusés, mais en infléchissant nettement la sévérité des peines.
Ce verdict, très attendu à Siguiri, risque d’être accueilli avec soulagement par les familles des quinze jeunes relaxés. Il relance en revanche le débat sur la gestion du secteur minier artisanal et sur le droit de manifester dans une région où la cohabitation entre les populations locales, les industries et les orpailleurs individuels reste extrêmement tendue.
Mohamed Aly Keïta, pour Siaminfos.com, à Kankan
