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Obligation de réserve et devoir de loyauté des hommes d’État: ces précisions de l’avocat Paul Lazard Joachim Gbilimou

L’obligation de réserve s’impose comme une exigence cardinale du fonctionnement de l’État, particulièrement à l’égard des hommes d’État ayant exercé des fonctions au sommet de l’appareil public. Cette obligation procède à la fois du principe de continuité de l’État, du devoir de loyauté envers la Nation, et de la nécessité de préserver les intérêts fondamentaux de la République, notamment en matière de sécurité, de défense et de stabilité institutionnelle.

L’expérience politique guinéenne récente, telle que relatée dans l’ouvrage Le coup d’État contre Alpha Condé de Monsieur Tibou Kamara, met en évidence la densité des informations sensibles auxquelles sont exposés certains responsables publics : délibérations internes, alertes sécuritaires, rivalités au sein des forces de défense, mécanismes de prise de décision présidentielle, relations diplomatiques informelles, ou encore stratégies de gestion de crise . Ces éléments, par leur nature même, relèvent d’un champ de connaissance qui ne saurait être livré sans discernement à l’opinion publique.

Il convient de rappeler que, en droit public, l’obligation de réserve ne disparaît pas avec la perte du pouvoir ou la cessation des fonctions. Elle s’attache à la qualité des informations détenues, et non au statut actuel de leur détenteur. Un ancien ministre d’État, un ancien porte-parole du gouvernement ou un ancien collaborateur direct du Chef de l’État demeure tenu à une retenue particulière dès lors que ses déclarations sont susceptibles :

-de révéler des informations couvertes par le secret d’État ;

-de porter atteinte à la sécurité nationale ;

-d’exposer des institutions ou des personnes à des risques ;

-ou de fragiliser la cohésion nationale dans un contexte politique déjà sensible.

L’ouvrage précité s’inscrit, selon son auteur, dans une démarche testimoniale et mémorielle, assumée comme telle. Toutefois, cette démarche pose inévitablement la question de la ligne de crête entre le droit de témoigner et le devoir de réserve.

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En effet, si la liberté d’expression et le droit de participer au débat public sont garantis, ils ne sauraient justifier la divulgation de faits, d’analyses ou de confidences dont la publicité pourrait compromettre l’intérêt supérieur de l’État guinéen, y compris plusieurs années après les faits.

Dans un pays marqué par une histoire politique heurtée, des transitions sensibles et une méfiance persistante entre acteurs civils et militaires, la parole d’un ancien haut responsable n’est jamais neutre. Elle engage non seulement son auteur, mais aussi la crédibilité de l’État, la lecture collective de l’histoire nationale et la stabilité des institutions actuelles.

Ainsi, l’obligation de réserve doit être comprise non comme une censure, mais comme une discipline d’État, une forme de responsabilité historique. Elle impose que toute prise de parole publique, notamment sur des événements de portée stratégique ou sécuritaire, soit mesurée, contextualisée et dénuée de toute révélation susceptible de nuire à la République.

En définitive, en Guinée plus qu’ailleurs peut-être, le silence partiel, la retenue ou l’allusion maîtrisée constituent parfois une forme supérieure de loyauté républicaine. L’histoire peut être écrite, mais elle ne doit jamais l’être au détriment de la sécurité nationale, de la paix sociale et de l’avenir institutionnel du pays.

« Le policier détient des secrets que même sa casquette ne saurait entendre. »

Maître Paul Lazard Joachim Gbilimou, Avocat

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