Ouganda : au moins dix m*orts après les élections générales contestées, le domicile de l’opposant Bobi Wine quadrillé par l’armée et la police
Alors que la Commission électorale ougandaise s’apprête à annoncer les résultats définitifs de la présidentielle, le scrutin est assombri par des violences meurtrières et la restriction de liberté imposée au principal opposant, Bobi Wine. Le président sortant Yoweri Museveni, largement vainqueur selon les décomptes partiels, viserait ainsi un septième mandat dans un climat dénoncé comme répressif par de nombreux observateurs.
Dans la nuit de jeudi à vendredi, la ville de Butambala, fief de l’opposition, a été le théâtre d’un épisode sanglant faisant au moins dix morts selon un député local. Muwanga Kivumbi a affirmé à l’AFP que des partisans rassemblés chez lui avaient été « tués à l’intérieur de sa maison » par l’armée, qui aurait ensuite « enlevé toutes les preuves ». Sa femme a décrit des victimes jeunes, agents de campagne protestant contre des soupçons de fraude.
Les récits des forces de sécurité divergent radicalement. Un cadre sécuritaire a évoqué sept personnes tuées pour « avoir attaqué » un centre de dépouillement, tandis que la police locale a parlé de « légitime défense » face à des assaillants armés de machettes ayant attaqué un poste de police. Le parti de Bobi Wine, la NUP, dénonce une « exécution d’innocents » et évoque un bilan bien plus lourd.
L’autre point de crispation majeur concerne la situation de Bobi Wine (de son vrai nom Robert Kyagulanyi). Son parti a annoncé que le candidat et son épouse étaient encerclés par l’armée et la police à leur résidence près de Kampala. Une mesure présentée comme une assignation à résidence.
Sur les réseaux sociaux, Bobi Wine a confirmé cet encerclement, accusant le gouvernement d’agir « par peur » après avoir « volé » le vote. Il a appelé à des manifestations en cas de fraude. La police a pour sa part assuré que les forces présentes assuraient « simplement sa sécurité », niant toute assignation à résidence.
Un scrutin joué d’avance dans un environnement délétère?
La victoire de Yoweri Museveni, 81 ans et au pouvoir depuis 1986, ne fait guère de doute. Selon les résultats partiels portant sur environ 60% des bureaux, il recueillerait 75,38% des voix contre 20,71% pour Bobi Wine.
Les observateurs décrivent un processus électoral entravé par une répression généralisée. L’environnement a été marqué par une coupure d’Internet en vigueur depuis mardi, justifiée officiellement pour lutter contre la « désinformation ». Le Bureau des droits de l’Homme de l’ONU a dénoncé un climat d’« intimidation », tandis qu’Amnesty International a recensé au moins 400 arrestations de partisans de l’opposition durant la campagne.
Dans l’attente des résultats définitifs, la communauté internationale suit la situation avec inquiétude, craignant une escalade des violences post-électorales. Si des scènes de liesse sont déjà observées dans le camp du pouvoir, l’opposition muselée dénonce un processus entaché d’irrégularités et appelle à la vigilance. La suite des événements dépendra de la réaction de la rue et de la pression internationale. Les résultats définitifs seront rendus publics ce 17 janvier 2026, si tout se passe comme annoncé par les autorités.
Bah Mohamed pour Siaminfos.com
