Transfert de Toumba à la prison de Coyah : ses avocats qualifient la mesure d’« arbitraire » et de violation des droits…
Le collectif d’avocats du commandant Aboubacar Diakité, dit « Toumba », a rendu public ce mardi un communiqué dénonçant avec vigueur le transfèrement de son client de la maison centrale de Conakry vers la prison civile de Coyah. Selon eux, cette décision de l’administration pénitentiaire serait « contraire au droit positif guinéen » et porterait atteinte aux droits fondamentaux du détenu.

L’affaire a commencé à faire parler d’elle le 9 février, lorsque des informations circulant sur les réseaux sociaux ont évoqué une « extraction » du commandant Toumba vers une destination inconnue. Rapidement, un membre du collectif s’est rendu à la maison centrale de Conakry, où il s’est vu interdire l’accès, y compris en sa qualité d’avocat. Ce n’est qu’après intervention du procureur général près la Cour d’Appel de Conakry qu’il a pu s’entretenir avec son client, dans un « climat apaisé ».
Mais dès le lendemain matin, 10 février, les avocats ont de nouveau été alertés d’un transfert en cours. Contacté, le même procureur général a confirmé que Toumba était dirigé vers la prison de Coyah, tout en refusant de préciser qui avait signé l’ordre d’extraction, indique la défense.
Condamné en juillet 2024 à dix ans d’emprisonnement par le tribunal de première instance de Dixinn pour des faits antérieurs liés au massacre survenu au stade de Conakry , Aboubacar Diakité a déjà purgi près de neuf ans de détention, sa condamnation étant actuellement frappée d’appel. Ses avocats soulignent qu’il était détenu à la maison centrale de Conakry sur la base d’un mandat de dépôt datant du 14 mars 2017.
Dans leur communiqué, ses conseils estiment que ce transfèrement est illégal, car il n’a pas été autorisé préalablement par une juridiction compétente, comme l’exigent les articles 1019, 1020 et 1113 du code de procédure pénale. « En procédant ainsi, l’administration pénitentiaire s’est adjugé un pouvoir qui appartient exclusivement aux juridictions », dénoncent-ils, qualifiant la mesure d’« arbitraire » et de violation des droits de la défense.
Le collectif exige par conséquent « la cessation immédiate de cette mesure attentatoire aux garanties fondamentales » et le « retour immédiat » de Toumba à la maison centrale de Conakry, faute de quoi sa détention à Coyah serait dépourvue de titre légal.

Cette affaire relance le débat sur le respect des procédures judiciaires et des droits des détenus en Guinée, dans un contexte où les pratiques de l’administration pénitentiaire sont régulièrement questionnées par les défenseurs des droits humains.
Bah Mohamed
