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Controverse à Kankan : une distribution de moustiquaires tourne au bras de fer judiciaire entre l’ONG AGIL et les chefs de quartier

Ce qui devait être une campagne de santé publique pour protéger la population contre le paludisme s’est transformé en un conflit ouvert entre les autorités locales et l’ONG AGIL. La distribution de moustiquaires imprégnées dans la commune urbaine de Kankan, sensée améliorer la couverture sanitaire, est désormais au cœur d’une vive controverse.

 

Une plainte déposée récemment par AGIL accuse cinq chefs de quartiers et quatorze chefs de secteurs d’abus de confiance. Ces derniers rejettent des accusations qu’ils qualifient « d’infondées » et dénoncent à leur tour les « graves dysfonctionnements » de l’ONG et des structures sanitaires associées.

Après plusieurs heures d’échanges à la mairie de Kankan entre les policiers enquêteurs et les chefs de quartiers convoqués, Kabiné Souaré, chef du quartier Bordeaux SOS, s’est exprimé : « Nous avons reçu une convocation de la police concernant la non-distribution des moustiquaires. Or, cette distribution était directement gérée par AGIL, avec l’implication des structures sanitaires. »

Les chefs de quartiers reprochent à l’ONG AGIL et à certains centres de santé de nombreuses irrégularités, affirmant détenir des preuves à l’appui de leurs allégations.

« Nous avons des preuves contre ceux qui nous accusent de vol. Nous allons produire un rapport détaillé et le déposer auprès de l’officier de police judiciaire. La vérité éclatera », assure Kabiné Souaré.

Selon lui, plusieurs irrégularités ont entaché le processus : absence de recensement préalable, manque d’information et de sensibilisation des populations, non-implication effective des chefs de secteurs, et réduction drastique de la durée de distribution. « La distribution était prévue sur cinq jours, mais dans nos quartiers, elle n’a duré que deux jours. Les agents commençaient tard et arrêtaient très tôt, tandis que les citoyens faisaient la queue sans rien recevoir », déplore-t-il.

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Kabiné Souaré précise que dans son quartier, Bordeaux SOS, sur les trois secteurs, un seul a été partiellement recensé, avec très peu de bénéficiaires. Selon les chefs de quartiers, plusieurs secteurs de Kankan n’auraient même pas été recensés.

 

Autre sujet de tension : le retrait et le stockage des moustiquaires dans certains centres de santé. « Pendant que nos citoyens réclament leurs moustiquaires, celles-ci sont retirées des quartiers et entreposées dans les centres de santé. Nous surveillons ces stocks. Si une seule moustiquaire disparaît, nous irons jusqu’au bout », avertit le chef de quartier.

 

Les responsables locaux estiment que seulement 15 % de la population de Kankan aurait effectivement bénéficié des moustiquaires. Une situation qu’ils jugent alarmante, face à la recrudescence du paludisme. « Allez dans les centres de santé et consultez les statistiques : le taux de paludisme est élevé. Les populations souffrent pendant qu’on parle d’une distribution réussie », dénonce Kabiné Souaré.

 

Se disant victimes de diffamation, les 57 chefs de quartiers de la commune urbaine de Kankan annoncent leur détermination à se défendre en justice. « Un seul chef de quartier touché, c’est toute la population qui est touchée. Nous sommes prêts à répondre devant toute juridiction et à engager des poursuites pour diffamation et vol », martèle-t-il.

 

La tension est à son comble à Kankan. Les habitants attendent des clarifications immédiates et une reprise transparente de la distribution, sous peine de voir la défiance envers les ONG et les structures sanitaires atteindre un point critique.

 

Kankan, Mohamed Aly Keita pour Siaminfos.com

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