Sélectionné pour vous :  Le coach du Sily U23 limogé: "J'aurais souhaité qu'on lui donne une dernière chance pour se racheter" (consultant Thierno Saïdou Diakité)

Crise de liquidités ou crise de cash en Guinée ? Un économiste prend le ministre Gaoual à contrepied

Depuis plusieurs semaines, la Guinée fait face à une pénurie de billets de banque qui asphyxie le quotidien des citoyens et paralyse une partie de l’activité économique. Longues files d’attente devant les distributeurs automatiques, guichets de banques primaires à sec, et difficultés d’approvisionnement des kiosques de monnaie électronique : le tableau est pourtant clair pour la population. Mais pour le gouvernement, le diagnostique est tout autre.

Face à une situation qui « va de mal en pis », le ministre porte-parole du gouvernement, Ousmane Gaoual Diallo, a fermement démenti l’existence d’une crise de liquidité, tentant de rassurer l’opinion lors de sa dernière sortie médiatique. Une déclaration qui a eu l’effet d’un chiffon rouge sur la communauté des économistes, et plus particulièrement sur Mohamed Lamine Camara.

Invité à réagir aux propos du ministre, l’économiste Mohamed Lamine Camara a tenu à nuancer le discours officiel, tout en maintenant une position critique sur la gravité de la situation. S’il admet que la communication gouvernementale vise à « recadrer les citoyens », il estime qu’elle occulte dangereusement la réalité du terrain.

Pour l’économiste, l’erreur du ministre est de jouer sur une distinction technique pour nier un malaise économique global. « L’Etat cherche à recadrer les gens. Mais dire qu’il n’y a pas de crise de liquidités en Guinée serait trop excessif de la part d’un dirigeant. En tout cas, il parle à des intellectuels aussi », a-t-il déclaré.

M. Camara reconnaît une différence théorique entre la « crise de liquidités » et la « crise de cash » (monnaie fiduciaire). Il explicite sa pensée : « La crise de liquidité, c’est lorsque les entreprises n’arrivent plus à payer même les salaires, n’arrivent plus à avoir des acquisitions. La situation est tellement tendue qu’ils n’arrivent pas à avoir des acquisitions. Même les biens qui servent à fonctionner, l’Etat n’arrive plus à payer les salaires des fonctionnaires. »

Sélectionné pour vous :  Célébration de l'indépendance de la Guinée: voici le bilan des accidents de la circulation, à Labé

Cependant, pour le spécialiste, faire l’amalgame inverse en niant leurs conséquences mutuelles serait une faute professionnelle. « La crise en lien avec le cash, c’est ce que nous traversons avec les banques primaires. Il y a des files d’attente. Mais il est inadmissible de dissocier les conséquences de l’un sur lautre. Avec une persistance de crise de cash, on peut facilement dire qu’il y a une crise de liquidité en Guinée », assène-t-il.

Au-delà de la simple pénurie de billets, Mohamed Lamine Camara pointe du doigt un mal plus profond : la défiance des acteurs économiques envers l’institution monétaire nationale. Selon lui, si la Banque Centrale ne parvient plus à jouer son rôle de régulateur et de garant de la masse monétaire, la méfiance des opérateurs économiques s’installe, aggravant mécaniquement la raréfaction des espèces.

Alors que les citoyens guinéens subissent de plein fouet ces difficultés pour leurs transactions quotidiennes, le débat s’éloigne donc de la sémantique pour interroger la politique monétaire du pays. Entre la communication lissante du gouvernement et les alertes des économistes, les Guinéens, eux, attendent des actes concrets pour voir leurs billets revenir dans la circulation.

Cheick Fantamadi pour Siaminfos.com

Tel: 621818835

Laisser une réponse
Share to...