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Cyanure en forêt, cinq Burkinabè arrêtés : la justice de Mandiana sort les griffes

Une opération coup de poing menée par la gendarmerie sur un site aurifère clandestin a mis au jour un système d’exploitation illégale parfaitement organisé. Cinq ressortissants burkinabè ont été interpellés. Le procureur de Mandiana promet de remonter jusqu’aux commanditaires.

Mandiana, Guinée – Ce n’était pas un simple contrôle de routine. Dans l’épaisse forêt de Djoma Balandougou, à quelques encablures de la sous-préfecture de Kondianakoro, les gendarmes ont frappé fort, ce week-end, dévoilant les rouages d’une exploitation aurifère clandestine qui prospérait loin des regards.

Cinq ressortissants burkinabè ont été arrêtés en flagrant délit. Saisie sur place : douze motopompes et plusieurs contenants de cyanure, un produit chimique hautement toxique dont la détention est strictement encadrée par la réglementation guinéenne en raison de ses effets dévastateurs sur les sols et les cours d’eau. Aucun des hommes interpellés ne disposait de la moindre autorisation d’exploitation.

L’opération a été déclenchée sur ordre direct du procureur de la République près le tribunal de première instance de Mandiana, Abdoulaye Soumah. « Il ne s’agit pas d’une action ponctuelle, mais du début d’une série de mesures sans répit », a-t-il martelé.

En Haute-Guinée, Mandiana est l’un des épicentres de la ruée vers l’or. C’est aussi l’une des zones les plus exposées aux ravages de l’orpaillage illégal : pollution des rivières, destruction des écosystèmes et pertes économiques pour l’État.

Mais ce qui frappe dans cette affaire, c’est la sophistication des moyens. Motopompes, produits chimiques, organisation logistique : rien ne semble avoir été laissé au hasard. « Qui les a fait venir ? Qui les a installés ? Qui leur a donné l’autorisation de travailler ? Et à qui profitent les revenus générés ? » interroge le procureur, en pointant du doigt l’existence probable de complicités locales.

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Même l’orpaillage artisanal, aussi informel soit-il, est conditionné en Guinée à l’obtention d’un titre minier. La loi est encore plus restrictive pour les étrangers : l’activité leur est en principe interdite, sauf accord de réciprocité entre États. Un cadre juridique que les cinq Burkinabè ont manifestement contourné.

Pour tenter d’éclaircir ces zones d’ombre, le président du district de Balandougou a été convoqué par la justice. Il devra s’expliquer sur ce qui a été toléré ou organisé dans sa localité.

Les cinq ouvriers arrêtés ne sont sans doute que la partie émergée d’un réseau plus vaste. Derrière eux, le procureur soupçonne des commanditaires, des financeurs, voire des responsables locaux ayant fermé les yeux en échange de rétributions. L’enquête vise à identifier « l’ensemble des réseaux impliqués » et à poursuivre tous ceux qui en ont tiré profit, « qu’ils soient auteurs, complices ou bénéficiaires ».

Les peines encourues sont lourdes : de deux à quatre ans d’emprisonnement et des amendes substantielles.

« Il n’y aura ni complaisance ni parti pris », prévient Abdoulaye Soumah. À Mandiana, la justice semble déterminée à ne plus laisser l’or clandestin s’écouler dans l’ombre de la forêt guinéenne.

Kankan, Mohamed Aly Keïta

Pour Siaminfos.com

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