JE LÈVE MON POUCE !
Simandou : le pari d’une génération
Par Zakaria Camara
Simandou appartient à la catégorie des projets qui engagent bien davantage que des capitaux, des machines et des kilomètres de rails. Il engage le destin de toute une nation. Pour la Guinée, ce gisement de minerai de fer représente une promesse économique considérable, mais aussi une responsabilité historique : celle de convertir une richesse enfouie dans le sous-sol en progrès visible dans la vie des citoyens. Car il ne suffit pas de posséder des ressources naturelles pour bâtir une grande économie. L’histoire de nombreux pays miniers rappelle cette vérité : l’abondance du sous-sol ne garantit ni la prospérité des populations ni la transformation durable des structures économiques. Entre la richesse potentielle et le développement réel, il existe un passage décisif : celui des choix politiques, de la qualité de la gouvernance et de la capacité d’un État à inscrire ses ambitions dans le temps long.
Avec Simandou, la Guinée dispose d’un levier stratégique. Les mines, le chemin de fer et les infrastructures portuaires peuvent contribuer à remodeler le paysage économique national, à attirer des investissements et à renforcer la place du pays dans les échanges internationaux. À condition, toutefois, que cette dynamique dépasse les limites de l’exploitation minière pour irriguer l’ensemble de l’économie.
Le leadership du président élu Mamadi Doumbouya inscrit ce projet au cœur des ambitions de transformation nationale. L’enjeu est désormais de faire en sorte que les objectifs affichés se traduisent par des résultats mesurables : des emplois, des compétences, des entreprises plus solides et des infrastructures utiles au-delà du seul transport du minerai.
Je lève mon pouce pour l’ambition de faire de Simandou un moteur de développement national.
Mais l’ambition ne saurait tenir lieu de bilan. La véritable mesure du succès ne se trouvera pas uniquement dans les volumes extraits, les cargaisons expédiées ou les investissements mobilisés. Elle se lira aussi dans la capacité des jeunes Guinéens à accéder aux métiers créés, dans la participation des entreprises locales aux marchés, dans la qualité des formations dispensées et dans la transformation des recettes publiques en services essentiels.
Il faudra également veiller à ce que les communautés concernées ne demeurent pas les spectatrices d’une prospérité développée sur leurs terres. La protection de l’environnement, l’accompagnement des populations riveraines et la transparence dans la gestion des revenus devront constituer des exigences permanentes, et non de simples engagements de circonstance.
Simandou pose, en réalité, une question fondamentale : la Guinée se contentera-t-elle d’exporter une matière première ou saura-t-elle bâtir autour d’elle un véritable écosystème industriel ? La différence est considérable. Dans le premier cas, la richesse quitte le territoire sous sa forme brute. Dans le second, elle peut nourrir des chaînes de valeur, stimuler les services, développer les compétences et favoriser l’émergence d’entreprises nationales capables de créer, à leur tour, de la richesse.
C’est là que se joue le pari d’une génération.
Le minerai de fer est une ressource qui finira par s’épuiser. Les infrastructures, le savoir-faire, les capacités industrielles et le capital humain, eux, peuvent continuer de produire leurs effets bien après la fin de l’exploitation. Voilà pourquoi Simandou doit être pensé non seulement comme un projet minier, mais comme un instrument de diversification économique et de préparation de l’avenir.
La Guinée n’a pas simplement besoin d’extraire davantage. Elle doit apprendre à tirer davantage de valeur de ce qu’elle extrait. Elle doit faire en sorte que chaque investissement contribue à élargir ses capacités productives, que chaque recette publique participe au progrès collectif et que chaque emploi créé ouvre des perspectives durables.
L’histoire jugera Simandou à l’aune de cette ambition. Non pas seulement à la hauteur de ses infrastructures, mais à celle des transformations qu’il aura rendues possibles dans le pays.
Je lève mon pouce : que Simandou ne soit pas seulement une richesse sortie de la terre, mais une prospérité durablement inscrite dans la vie des Guinéens.
