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ÉDITO – Affaire Mayonnaise BAMA: Enfin, l’État se réveille. Maintenant, ne nous arrêtons pas en si bon chemin.

Il aura fallu que l’on en arrive là. Que des Guinéens consomment, pendant des mois, une mayonnaise dont la date de péremption est trafiquée, dont la chaîne de froid a été rompue, dont la composition laisse planer le doute sur sa salubrité. Et enfin, les autorités du ministère de l’Industrie et du Commerce ont parlé. Elles ont signalé. Elles ont mis en garde sur certains lots de la mayonnaise BAMA de GB FOODS WEST AFRICA .

L’acte est salutaire. Il est historique. Pour l’une des rares fois depuis longtemps, le Ministère du Commerce et de l’Industrie a osé dire: STOP. Ce produit est dangereux !

Il faut les féliciter. Sincèrement. Car dans un marché guinéen devenu une jungle où tout se vend, tout s’achète, tout se périme sans jamais disparaître des étals, il fallait du courage pour s’attaquer à une marque aussi populaire que BAMA.

Mais ce signalement ne doit pas être une fin. Il doit être un commencement.

Que doit faire le consommateur, maintenant ?

Puisque l’État a fait sa part, au citoyen de faire la sienne. Voici les instructions claires:

1. Ne consommez plus, ne jetez pas n’importe comment: Si vous avez un pot de Mayonnaise  concerné par les lots signalés chez vous, ne le consommez pas. Ne le donnez pas à vos enfants. Ne le donnez pas à votre voisin. Ramenez-le à votre boutiquier, ou à défaut, percez le couvercle, videz le contenu dans les toilettes et jetez le pot. Ne le laissez pas traîner où un enfant pourrait le récupérer.

2. Devenez inspecteur: Apprenez à lire une étiquette. Vérifiez trois choses avant d’acheter: la date de fabrication ET de péremption (pas une étiquette collée sur une autre), le numéro de lot, et l’adresse de l’importateur en Guinée. Une mayonnaise qui se vend sous 40 degrés au soleil de Madina sans être réfrigérée est déjà suspecte.

3. Dénoncez: Le numéro vert du Ministère du Commerce, le service d’hygiène de votre commune. Prenez une photo du produit, du lieu de vente, et signalez. Sans dénonciation citoyenne, l’État est aveugle.

Après BAMA, à qui le tour ? Les bases d’une future mission

C’est ici que nous interpellons les autorités. L’affaire BAMA ne doit pas être l’arbre qui cache la forêt. Si vous avez eu le courage de taper sur la mayonnaise, vous devez avoir le même courage pour:

– Les bouillons cubes et les concentrés de tomates frelatés, reconditionnés à Kagbelen avec des colorants interdits.
– Les huiles végétales en vrac vendues dans des bidons d’essence recyclés, sans aucune traçabilité.
– Les jus de fruits « Made in » nulle part, bourrés de saccharine et conservés au formol.
– Les laits en poudre et les farines infantiles dont la date est effacée à l’acétone à la frontière.
– Les eaux en sachets produites avec l’eau du puits.

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Nous proposons que cette mission devienne permanente: une Brigade Mixte de Contrôle Sanitaire et de Répression des Fraudes, avec des opérations coup de poing filmées, publiées, et des noms de marques épinglées, comme on le fait ailleurs.

Leçon de nos voisins: Abidjan et Dakar ne plaisantent pas

Ce que la Guinée vient de faire timidement, Abidjan et Dakar en ont fait une doctrine d’État.

À Abidjan, l’ANSEAT et le LANEMA ne préviennent pas. Quand un produit est déclaré impropre, c’est saisie immédiate, destruction publique au bulldozer à la décharge d’Akouédo, et le visage du DG de l’entreprise à la télévision de 20h. Principe actif: la tolérance zéro et l’humiliation publique.

À Dakar, l’Association Sénégalaise de Normalisation (ASN) a imposé le principe du « Frappi« . Chaque produit importé doit avoir son certificat de conformité. Sans ce sticker, pas d’entrée au Port Autonome. Et les contrôles inopinés de la Direction du Commerce Intérieur sont quotidiens. Principe actif: le contrôle à la source, avant que le produit n’arrive dans l’assiette.

Pourquoi ce qui est possible à 500 km d’ici serait impossible à Conakry ?

Pour finir: Manger est un acte politique

Ce signalement de la Mayonnaise BAMA doit nous réveiller. Notre alimentation est notre premier médicament, mais elle est devenue notre premier poison. On ne peut pas vouloir Simandou 2040 avec des corps malades.

Apprenons à mieux manger:
– Privilégions le local, le frais, le de saison. Notre huile de palme rouge vaut mieux que dix mayonnaises importées.
– Réduisons le gras industriel, le sucre et le sel cachés.
– Buvons de l’eau. Mangeons des fruits. Lavons nos mains.

L’État a allumé une petite lampe avec BAMA. À nous, consommateurs, de ne plus laisser l’obscurité revenir. Et aux autorités, de transformer cette lampe en un puissant projecteur qui éclaire tous les recoins de nos marchés.

L’heure n’est plus à consommer sans réfléchir. L’heure est à consommer guinéen, et à consommer en vie.

Par A16

Tél: 624397476

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