Libération de Kassory : Entre soulagement et nouvelles revendications, ses proches réclament une évacuation sanitaire urgente
Moins de 48 heures après la décision de la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF) d’accorder une mise en liberté sous conditions à l’ancien Premier ministre Ibrahima Kassory Fofana, les réactions continuent d’animer la scène politique et médiatique guinéenne. Si la nouvelle a été accueillie avec faste par une partie de ses partisans, d’autres, tout en se réjouissant de cette issue, haussent désormais le ton pour réclamer des comptes à l’État.
Au cœur de cette nouvelle bataille judiciaire et médiatique : l’état de santé de l’ex-chef du gouvernement. Après quatre années passées en détention dans des conditions jugées difficiles par ses proches, Dr Kassory Fofana est désormais libre, mais avec des restrictions qui déplaisent à son entourage.
Prenant la parole au nom du collectif des soutiens, Boubacar Sylla, président de l’ONG Club des Amis du Monde, a livré une analyse amère de la décision de la CRIEF. Selon lui, cette libération, bien que réelle, s’apparente à un « cadeau empoisonné » en raison des clauses qui l’accompagnent. Il a vivement critiqué les conditions imposées par le parquet spécial, estimant qu’elles constituent une entrave politique déguisée.
« Presque quatre ans maintenant qu’il est en détention sans jugement équitable et juste. Contre toute attente, hier, le poursuivant et opposant principal à sa libération a demandé sa libération, mais avec des conditions qui n’ont aucun lien avec les faits de détournement présumé » , a-t-il déclaré.
Selon Boubacar Sylla, ces conditions viseraient en réalité à neutraliser l’avenir politique de l’ancien locataire de la Primature.
Mais au-delà des considérations politiques, c’est la santé de Dr Kassory Fofana qui mobilise désormais ses proches. Alors que les autorités judiciaires ont mis en avant « l’humanisme » de la Cour pour justifier cette remise en liberté, les soutiens de l’ancien ministre rejettent cette narration et appellent l’État à assumer ses responsabilités jusqu’au bout.
Ils pointent du doigt la dégradation de l’état de santé de leur leader, qu’ils attribuent à ses conditions de détention prolongées. Pour Boubacar Sylla, la priorité absolue est désormais médicale et ne peut être prise en charge localement.
« Nous, les proches qui avons partagé ces moments difficiles avec Dr Kassory, ne sommes pas heureux de le voir en Guinée sans pouvoir se soigner. Sa maladie a enfin été reconnue par Aly Touré. Nous demandons au gouvernement de prendre en charge en toute urgence l’évacuation sanitaire de Dr Kassory » , a-t-il lancé avec insistance.
Une sortie médiatique qui sonne comme un ultimatum à l’exécutif, que les proches de l’ex-PM tiennent pour responsable de la situation actuelle. Selon eux, l’incapacité ou le refus de suivre les injonctions des juridictions supérieures a directement contribué à l’aggravation de son état.
« Cette dégradation, nous le soutenons : le gouvernement a sa part de dette, vu la non-exécution de tous les arrêts de libération prononcés par les plus hautes juridictions nationales et internationales, dont la CEDEAO » , a-t-il martelé.
Enfin, dans un contexte politique toujours tendu, Boubacar Sylla a élargi le débat. Tout en réaffirmant leur attachement à la stabilité du pays, il a exhorté le chef de l’État Mamadi Doumbouya, à élargir le spectre des grâces pour apaiser durablement le climat social.
Selon lui, la libération de Kassory Fofana doit être le premier pas vers une réconciliation nationale plus large, permettant de « reconstruire le tissu social ».
« J’en appelle au Président de la République : placez-vous au-dessus de la mêlée pour libérer tous les détenus de l’ancien gouvernement, les politiciens en prison, les activistes de la société civile et autres. Cela nous conduira à la décrispation de la situation de précarité actuelle et amènera tous les enfants de ce pays autour d’une table, pour discuter des enjeux de développement économique et social, selon la main tendue du Président Mamadi, qui doit s’accompagner de pardon » , a-t-il plaidé.
Reste à savoir si cet appel sera entendu par les autorités, alors que l’état de santé de l’ancien Premier ministre et les conditions de sa libération pourraient raviver les tensions politiques.
Cheick Fantamadi pour Siaminfos.com
