Nouvelle loi sur les partis politiques en Guinée : Ousmane Dady dénonce une « volonté manifeste de nuire »
Le président du Rassemblement Guinéen du travail (RGT) a vivement critiqué ce jeudi 26 février 2026 la loi organique portant régime des partis politiques, adoptée en novembre dernier par le Conseil national de la transition (CNT). Des exigences jugées « quasi impossibles » qui viseraient, selon lui, à « dissoudre » les formations politiques.
À six mois de l’échéance fixée pour la mise en conformité des partis politiques, les critiques commencent à fuser au sein de la classe politique guinéenne. Ousmane Dady Camara, leader du RGT, a choisi Siaminfos.com pour exprimer son opposition frontale à ce nouveau texte législatif adopté le 21 novembre 2025.
La loi organique impose aux partis légalement constitués un délai de six mois – courant du 25 novembre 2025 au 25 mai 2026 – pour fournir une série de documents à la direction générale des affaires politiques. Parmi les pièces exigées : les procès-verbaux des congrès extraordinaires, les statuts et règlements intérieurs actualisés, mais surtout le quitus fiscal individuel de chaque membre des bureaux exécutifs nationaux, ainsi que les titres de propriété ou contrats de bail des sièges nationaux et ceux des 33 préfectures.
« Un impôt de captivité »
C’est précisément sur ces deux dernières exigences que le ton est monté. Ousmane Dady Camara s’interroge sur la pertinence de demander un quitus fiscal à des responsables politiques.
« Cette loi a été votée au mois de novembre par le CNT. Un CNT qui est en fin de mission. Car dans un ou deux mois, le CNT n’existera plus. Et cette loi organique, je ne sais pas sur quelle base ils se sont focalisés pour demander aux partis politiques, c’est-à-dire aux membres du bureau exécutif, d’avoir une quittance. Mais c’est comme un impôt de captivité. Je ne pense pas s’il y a un Guinéen qui paie cette taxe de nos jours. »
Le leader politique va plus loin en comparant cette disposition à une pratique coloniale :
« Sur quelle base on va demander à un parti politique de donner une quittance ? À moins que ce soit que nous revenions dans le temps colonial, où, par tête, on paie les impôts. Donc cette loi a été votée, purement et simplement, parce qu’il y a une volonté manifeste de nuire à notre jeune démocratie. »
Autre point d’achoppement majeur : l’obligation pour chaque parti de justifier de sièges dans l’ensemble des 33 préfectures du pays. Une exigence jugée totalement déconnectée des réalités financières des formations politiques guinéennes.
« Quand on demande aussi aux partis politiques d’avoir des contrats de bail sur le territoire national des 33 préfectures, sachant bien que les partis politiques vivent de cotisations, de cartes de membres qui sont payées à 2 000, 3 000, 4 000, maximum 5 000 francs guinéens, et de dons, comment ils vont faire pour payer ça ? »
Ousmane Dady Camara rappelle également que les partis doivent organiser régulièrement des activités de formation sans aucun soutien de l’État : « Pendant ce temps, il y a plus de 10 à 15 ans, les partis politiques n’ont pas eu de subvention venant de l’État. »
Dans une sortie qui vise à distinguer le chef de l’État de ses conseillers, le président du RGT a tenu à laver le président de la République de toute responsabilité dans cette affaire.
« En votant cette loi organique, est-ce que le président Dansa a réfléchi, avec les membres du CNT ? Ou c’est volontairement fait ? Je suis convaincu que le président de la République, Mamadi Doumbouya, ne souhaiterait pas ça. »
Pour Ousmane Dady, l’effet combiné de ces exigences équivaut ni plus ni moins à une dissolution déguisée des partis politiques :
« Si vous voulez dissoudre les partis politiques, sortez, faites le communiqué de dissolution de tous les partis politiques. Parce que, ce que vous demandez, c’est presqu’égal à ce que je viens de dire, la dissolution des partis politiques. Faites-le une bonne fois, à travers un communiqué, comme ce qui s’est passé hier, et puis chacun est tranquille. »
Malgré cette charge virulente contre la loi, l’acteur politique a réaffirmé son soutien sans faille au président Mamadi Doumbouya, dont il rappelle avoir été un soutien de la première heure.
« Nous, notre soutien à Mamadi Doumbouya est inébranlable. Nous l’avons soutenu, nous avons fait sa promotion, et c’est notre souhait que le pays se développe. Cap sur le développement, sur l’unité, sur l’inclusivité, sur la paix. C’est ça, notre objectif. Mais pas cette forme illégale de mener un combat personnel. »
Cette sortie intervient alors que le ministre de l’Administration du territoire et de la décentralisation est invité, selon Ousmane Dady Camara, à « faire attention » à cette loi organique qui aurait pour objectif caché de nuire à la politique d’unité et d’inclusivité prônée par le chef de l’État.
Reste à savoir si cette mise en garde sera entendue par les autorités, alors que l’échéance du 25 mai 2026 approche et que de nombreux partis pourraient se trouver dans l’incapacité de satisfaire à ces nouvelles exigences.
Cheick Fantamadi pour Siaminfos.com
