La Guinée est en train de payer une facture silencieuse, mais lourde. Chaque jour, des milliards de sachets plastiques bleus, jaunes ou transparents jonchent nos rues, obstruent nos caniveaux, polluent nos rivières et finissent leur course dans l’océan. Ce n’est plus un simple problème de saleté : c’est un désastre écologique et sanitaire qui menace notre avenir.
Pourtant, ce fléau n’est pas une fatalité. Il est le résultat d’une négligence collective, d’une absence de régulation efficace et d’une culture de l’usage unique qui nous mène droit dans le mur. Nos ancêtres nous ont légué une terre généreuse ; nous sommes en train de léguer à nos enfants une île de plastique.
Les sachets plastiques ne sont pas seulement inesthétiques. Ils libèrent des micro-particules dans nos sols et dans nos nappes phréatiques. Ils tuent le bétail qui les ingère, asphyxient les poissons dans nos cours d’eau et transforment nos quartiers en décharges à ciel ouvert lors des premières pluies. L’inondation qui emporte tout sur son passage commence souvent par un simple caniveau bouché par un sac vide.
Au-delà du décor, c’est la santé publique qui est en jeu. Les émanations des déchets brûlés à même le sol empoisonnent l’air que respirent nos enfants. L’insalubrité chronique est un terreau pour les maladies. À quand remonte la dernière fois que vous avez vu un enfant jouer dans une cour totalement débarrassée de ses détritus ?
Il est temps de passer des mots aux actes. Nous avons assez de discours. Les experts alertent, les ministères promettent, mais les sachets, eux, continuent de s’accumuler. La Guinée doit dire « STOP » aujourd’hui, avec fermeté.
Cela passe par des décisions courageuses :
1. Interdire les sachets plastiques non biodégradables, comme l’ont fait plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest.
2. Sanctionner les dépôts sauvages, sans complaisance, en appliquant la loi sur le terrain.
3. Responsabiliser les producteurs et les commerçants, qui doivent proposer des alternatives durables.
4. Investir dans la collecte, le recyclage et la valorisation des déchets, pour transformer cette pollution en opportunité économique.
Mais la vraie révolution se jouera dans les foyers, dans les écoles et dans les marchés. Sensibiliser, éduquer, répéter : chaque geste compte. Un sachet jeté dans une poubelle, c’est un arbre sauvé. Un caniveau nettoyé, c’est une inondation évitée.
La Guinée n’a pas vocation à devenir une décharge. Elle possède des forêts majestueuses, des rivières cristallines et un littoral atlantique d’une beauté rare. Ce patrimoine est notre richesse. Il est notre responsabilité.
Ne nous résignons pas. Ne disons plus « ce n’est pas mon problème ». Ce problème est le nôtre, et la solution commence dans notre assiette, dans notre cuisine, dans notre quartier.
Nous avons le pouvoir de briser le cycle du tout-jetable. Nous pouvons construire une Guinée propre, saine et durable. Mais cela exige un sursaut citoyen.
Stoppons les sachets. Stoppons les dépôts sauvages. Disons oui au recyclage, disons oui à la dignité.
Notre environnement n’est pas une poubelle. La Guinée est notre maison. Protégeons-la, comme nous protégerions notre propre famille.
Kissi Kaba Mansaré est un acteur engagé dans la protection de l’environnement en Guinée.
