Procès Kassory Fofana en appel : le parquet requiert la confirmation de la peine en première instance, le verdict attendu le 30 avril prochain
Le feuilleton judiciaire de l’affaire opposant l’État guinéen à l’ancien Premier ministre, Dr Ibrahima Kassory Fofana, a connu un nouveau rebondissement ce jeudi devant la chambre des appels de la Cour de Répression des Infractions Économiques et Financières (CRIEF). Alors que l’ex-chef du gouvernement conteste sa condamnation en première instance, le parquet a requis la confirmation pure et simple de la peine, tandis que la défense a plaidé une relaxe totale, invoquant des vices de procédure et l’état de santé de son client.
Après les plaidoiries de la partie civile, le substitut du procureur spécial, Amiata Kaba, a pris position pour défendre avec vigueur le jugement rendu en première instance. Selon le ministère public, ce jugement a été prononcé « dans le strict respect de la loi ».
Pour le parquet, les faits de détournement sont avérés. L’élément central du dossier concerne la réaffectation controversée de 3 milliards de francs guinéens, prélevés sur une enveloppe globale de 15 milliards destinée à la Mission d’Achat de Riz (MAMRI) et redirigés vers l’Agence Nationale d’Investissement pour l’Emploi et la Santé (ANIES).
« Le détournement ne suppose pas nécessairement une appropriation personnelle des fonds. Il résulte aussi de leur utilisation à des fins non prévues initialement », a martelé le magistrat, cherchant à neutraliser l’un des arguments clés de la défense.
Le parquet a également insisté sur l’incohérence entre les revenus légaux de l’ancien Premier ministre dont le salaire mensuel était de 15 millions de francs guinéens et l’importance de son patrimoine. Amiata Kaba a fait référence à l’ordonnance de saisie pénale du 13 octobre 2023, listant des biens situés à Conakry, à Forécariah, aux États-Unis, ainsi que des sommes substantielles déposées sur ses comptes à la VISTAGUI SA.
L’accusation de blanchiment de capitaux a également été avancée, le procureur évoquant des dépôts bancaires « fractionnés » destinés, selon lui, à « échapper à la vigilance des autorités de contrôle ».
Face à ces éléments, le ministère public a requis la confirmation intégrale de la décision de première instance. Celle-ci avait condamné Dr Ibrahima Kassory Fofana à :
· 5 ans d’emprisonnement ferme,
· Une amende de 2 milliards de francs guinéens,
· Le versement de 15 milliards de francs guinéens à l’État au titre des préjudices,
· 3 milliards de francs guinéens de dommages et intérêts,
· Ainsi que la confiscation de tous ses biens saisis.
Une charge que les avocats de l’ancien Premier ministre ont farouchement combattue. Me Almamy Samory Traoré, à la barre, a plaidé pour l’annulation pure et simple du jugement.
La défense a d’abord attaqué la forme en contestant la validité du rapport de l’Inspection générale d’État (IGE), dénonçant des « irrégularités » dans sa confection. Sur le fond, Me Traoré a été catégorique : « Aucune preuve ne démontre que les fonds incriminés ont été détournés, ni que mon client en est responsable. »
Il a rappelé que la réaffectation de crédits, lorsqu’elle est effectuée dans un cadre administratif et pour des raisons de gestion publique, ne saurait être assimilée à un délit pénal. Les accusations d’enrichissement illicite et de blanchiment ont été rejetées avec la même force, la défense pointant un « manque criant d’éléments concrets et matériels ».
Enfin, au-delà des arguments juridiques, les avocats de Dr Kassory Fofana ont plaidé pour une célérité de la justice, en raison de l’état de santé de leur client. Ils ont demandé à la Cour de statuer rapidement afin de permettre à l’ancien chef du gouvernement de recevoir des soins adaptés à son état.
La chambre des appels de la CRIEF a mis sa décision en délibéré pour décision être rendue le 30 avril 2026. Une issue qui sera scrutée de près dans un pays où la lutte contre l’impunité économique est au cœur des enjeux de la gouvernance.
Bah Mohamed pour Siaminfos.com
