Un scandale d’ampleur secoue la direction préfectorale de l’éducation (DPE) de Labé. Le responsable de la cellule examen, Ibrahima Sory Bah, est accusé d’avoir extorqué plus de 200 millions de francs guinéens à des milliers d’élèves et leurs parents, sous le prétexte d’une opération de photographie liée à une prétendue « immatriculation systématique ».
Selon les témoignages recueillis, les faits sont aussi simples que graves : chaque élève, du public comme du privé, a été sommé de verser 10 000 francs guinéens pour être photographié. Problème : cette somme n’avait aucune justification administrative, et les élèves n’étaient légalement tenus à aucun paiement.
Face à l’ampleur de l’escroquerie présumée, la coordination régionale de l’Association des Parents, Élèves et Amis de l’École (APEAE) est montée au créneau. Son président, Alpha Oumar Moromi Diallo, a dénoncé une véritable filière de prélèvements illégaux, avant de fixer un ultimatum : restitution intégrale des sommes sous trois jours, faute de quoi la justice sera saisie.
Dans un récit précis, Alpha Oumar Moromi Diallo a détaillé le mécanisme de l’escroquerie. « Ce qui est mentionné sur l’ordre de mission du chargé des examens est intitulé « appui aux DSEE pour l’immatriculation systématique des élèves de l’école primaire ». Nulle part, il n’est question d’un prix pour une photographie », a-t-il expliqué.
Pourtant, Ibrahima Sory Bah aurait non seulement imposé le paiement, mais il aurait également proposé une clé de répartition, acceptée en complicité avec les directeurs des écoles et des établissements (DSEE) :
· 1 500 FG pour le directeur d’école,
· 1 000 FG pour le photographe,
· 1 000 FG pour le DSEE,
· 6 500 FG reversés à la DPE.
Selon le président de l’APEAE, les élèves ont payé très massivement, parfois sans même être photographiés. « Nous avons sillonné plusieurs établissements. Tous les élèves ont payé les 10 000 FG, y compris ceux qui n’ont pas été pris en photo », a-t-il martelé.
Interrogé, le principal mis en cause, Ibrahima Sory Bah, aurait reconnu avoir perçu personnellement plus de 221 millions de francs guinéens. Une somme faramineuse qui dépasse le montant initialement évoqué de 200 millions.
« Hier, après concertation, nous avons suggéré à tous les DSEE et directeurs d’école de restituer l’argent qu’ils détiennent. L’argent se trouve entre les mains des directeurs et des DSEE », a précisé Alpha Oumar Moromi Diallo.
Selon lui, sur 34 millions de francs perçus par les DSEE et déjà répertoriés dans un tableau, 31,3 millions ont été reversés sous la pression de l’APEAE. « Mais cela reste insuffisant, car les élèves ont payé à 100 % », a-t-il regretté.
Le ton est désormais ferme. La coordination régionale de l’APEAE a imposé un délai ne dépassant pas trois jours pour la restitution intégrale des sommes versées par les familles.
« Si cet engagement est honoré, nous restituerons l’argent aux parents sans porter plainte. Dans le cas contraire, nous saisirons la justice pour escroquerie », a prévenu son président. Il a également cité l’exemple de la préfecture voisine de Lélouma, où une pratique similaire aurait été stoppée et l’argent déjà rendu aux parents.
L’APEAE annonce qu’elle ira classe par classe pour comptabiliser précisément le nombre d’élèves ayant payé, afin de garantir un remboursement intégral.
Selon des indiscrétions venues de Conakry, l’acte de remplacement d’Ibrahima Sory Bah à son poste de chargé des examens à la DPE de Labé aurait déjà été signé. La notification devrait lui être officiellement signifiée au plus tard lundi prochain.
Reste à savoir si cette mesure disciplinaire suffira à apaiser la colère des parents, alors que le montant total extorqué pourrait dépasser largement les estimations initiales.
En attendant, la pression monte sur la DPE et les autorités éducatives de Labé, sommées de répondre d’un système de prélèvements illégaux qui a durablement pesé sur des familles déjà éprouvées.
Labé, Bachir Diallo, pour siaminfos.com
