Aboubacar Camara au Forum panafricain des médias à Bamako : « L’heure est à l’union des voix pour reconquérir notre récit africain »
« L’heure n’est plus aux constats isolés. L’heure est à l’union des voix. » C’est par cette déclaration forte qu’Aboubacar CAMARA, Président du Conseil d’Administration de la Maison de la Presse de Guinée, a ouvert les travaux du Forum Panafricain des Médias, réuni du 3 au 6 juin dans la capitale malienne.

Devant une assemblée de ministres, de responsables de Maisons de la Presse, de journalistes et de chercheurs venus des quatre coins du continent, M. CAMARA a porté la voix de la Guinée pour appeler à une refonte en profondeur de la gouvernance médiatique africaine. Sous le thème « Unir les voix, renforcer les liens entre les médias d’Afrique », ce forum entend répondre à une urgence : la guerre de l’information que subit le continent, trop souvent narré par des récits venus d’ailleurs.
Dans une allocution sans complaisance, le journaliste guinéen a listé les défis qui fragilisent les rédactions africaines : révolution numérique, irruption de l’intelligence artificielle, hégémonie des géants du web et des grands médias internationaux. « Comment reprendre la main sur notre propre récit ? Comment redevenir les premiers narrateurs de notre histoire ? » a-t-il interrogé, résumant le dilemme de toute une profession.
Pour M. CAMARA, la réponse est collective. « Face à ces défis, aucun média, aucun pays ne peut gagner seul. Les géants du numérique et les grands médias internationaux pèsent de tout leur poids. Notre réponse doit être collective, » a-t-il martelé, en saluant l’initiative des structures maliennes pour l’organisation de ce rendez-vous « historique ».
Le président du Conseil d’Administration de la Maison de la Presse de Guinée a particulièrement insisté sur l’adoption de la Déclaration de Bamako, une charte pour la souveraineté narrative et la coopération médiatique en Afrique. Ce texte, a-t-il précisé, doit « devenir notre boussole commune » pour construire des modèles économiques viables, renforcer la protection des journalistes et favoriser des mutualisations concrètes.
« Une presse pauvre est une presse vulnérable », a-t-il averti, appelant à des actions pratiques : régies publicitaires communes, achats groupés, coproductions, échanges de formateurs et de programmes. « L’économie des médias africains ne se sauvera que par la solidarité. Osons-le. »
S’adressant directement à la jeune génération présente dans la salle, Aboubacar CAMARA a livré un message d’espoir mesuré. « L’intelligence artificielle n’est ni votre ennemie, ni votre remplaçante. Elle est un outil. À vous de la dompter pour enquêter plus vite, vérifier plus fort, raconter mieux. » Mais il a aussitôt rappelé l’irremplaçable expérience humaine : « Aucune IA ne connaîtra jamais l’odeur de nos marchés, le bruit de nos rues, la douleur et l’espoir de nos peuples. Le récit africain aura toujours besoin de votre cœur et de votre terrain. »
Avant de conclure, le Directeur général du groupe de presse Cavi Médias a lancé un vibrant appel à la solidarité continentale : « Quand on touche à un journaliste à Kidal, à Kankan ou à Kinshasa, c’est toute la presse africaine qu’on veut faire taire. Et ensemble, nous ne nous tairons plus. »
Alors que le forum se poursuit jusqu’au 6 mai, l’allocution d’Aboubacar CAMARA restera comme l’un des temps forts de cette rencontre. La Maison de la Presse de Guinée s’est d’ores et déjà engagée à relayer les résolutions de Bamako dans toutes les rédactions du pays, de Conakry à N’Zérékoré. Pari tenu : faire de ce forum non une fin, mais « le début d’une coopération permanente ».
Bamako, Bah Mohamed pour Siaminfos.com
