Édito, par Hassane Diallo
La Guinée veut accueillir la Coupe d’Afrique des nations 2032. Une ambition qui fait rêver les passionnés de football, mais qui soulève également une question essentielle : notre pays est-il prêt à transformer ce rêve en réalité ?
La récente rencontre entre la ministre de l’Économie, des Finances et du Budget et les experts de la Confédération africaine de football (CAF) montre que cette candidature ne se limite plus au terrain sportif. Le financement, les infrastructures et la gestion des ressources publiques occupent désormais une place centrale dans la réflexion.
Et c’est précisément là que se joue une partie de l’avenir de cette ambition.
Organiser une CAN ne consiste pas simplement à remplir des stades, à accueillir des supporters et à faire vibrer tout un peuple. C’est un projet qui exige des investissements importants, une organisation rigoureuse et une vision qui dépasse les quelques semaines de compétition.
La Guinée doit donc se poser les bonnes questions. Combien coûtera cette organisation ? Comment les investissements seront-ils financés ? Quelles garanties permettront d’éviter que les infrastructures construites ou rénovées ne deviennent, après la compétition, des charges difficiles à supporter pour les finances publiques ?
Ces interrogations ne traduisent pas un manque d’ambition. Au contraire, elles témoignent de la nécessité de préparer sérieusement un rendez-vous de cette importance.
Car oui, la CAN peut représenter une véritable opportunité pour la Guinée. Elle peut favoriser la modernisation des infrastructures, stimuler le tourisme, soutenir les petites et moyennes entreprises et créer des emplois pour les jeunes. Mais ces retombées ne seront pas automatiques. Elles dépendront des choix qui seront faits aujourd’hui.
La volonté de faire de cet événement un levier de développement, en cohérence avec le programme Simandou 2040, mérite donc une attention particulière. Encore faut-il que les ambitions affichées se traduisent par des projets concrets, des financements maîtrisés et des mécanismes de contrôle transparents.
Le véritable succès d’une CAN ne se mesure pas uniquement au nombre de buts inscrits ou à la qualité des stades. Il se mesure aussi à ce qu’elle laisse derrière elle.
Après la compétition, les infrastructures devront continuer à servir la population. Les emplois créés devront produire des effets durables. Les entreprises guinéennes devront pouvoir bénéficier des opportunités générées par l’événement. Et les investissements consentis devront apporter une valeur réelle à l’économie nationale.
La Guinée a des raisons de croire en ses capacités. Mais elle doit aussi tirer les enseignements des expériences d’autres pays africains, où les ambitions sportives ont parfois laissé place à des difficultés d’entretien et de rentabilisation des infrastructures.
Il ne s’agit donc ni de minimiser notre ambition ni de céder à un enthousiasme sans limites. Il s’agit de construire une candidature crédible, fondée sur des moyens clairement identifiés et une planification à la hauteur des exigences de la CAF.
Au bout du compte, la question n’est pas seulement de savoir si la Guinée peut organiser la CAN 2032. Elle est aussi de savoir comment elle peut le faire sans sacrifier ses autres priorités et en garantissant des bénéfices durables à ses citoyens.
Rêver de la CAN est légitime. La préparer avec rigueur est indispensable. Et faire en sorte que le peuple guinéen en soit le véritable bénéficiaire doit rester la priorité.
