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CHRONIQUE: Retour à l’ordre constitutionnel, je lève mon pouce pour l’étape, je lève surtout pour l’exigence qui vient

JE LÈVE MON POUCE !

Retour à l’ordre constitutionnel : la responsabilité d’une nouvelle page

Par Zakaria Camara

Il est des moments dans la vie d’une nation où l’histoire semble marquer une pause, non pour suspendre son cours, mais pour offrir aux citoyens l’occasion de mesurer le chemin parcouru et celui qui reste à accomplir. Le retour à l’ordre constitutionnel appartient à ces moments décisifs. Pour la Guinée, il représente bien davantage qu’une séquence institutionnelle ou l’aboutissement d’un processus politique : il ouvre une nouvelle page de la vie nationale, avec ses espoirs, ses exigences et, surtout, ses responsabilités.

Une nation ne se construit pas uniquement avec des discours, des promesses ou des proclamations solennelles. Elle se construit dans la durée, par la solidité de ses institutions, la constance de ses principes et la capacité de ses dirigeants à traduire les engagements publics en résultats concrets. Les grandes étapes politiques ne prennent véritablement leur sens que lorsqu’elles améliorent la vie des citoyens et renforcent leur confiance dans l’État.

L’organisation des élections constitue, à cet égard, une étape essentielle dans la consolidation de la vie institutionnelle. Elle permet de donner un cadre à la représentation politique et de replacer la souveraineté populaire au cœur du fonctionnement de la République. Mais une élection, aussi importante soit-elle, ne saurait suffire à elle seule à garantir la solidité d’une démocratie. Elle doit s’inscrire dans un ensemble cohérent où le respect de la Constitution, l’indépendance de la justice, la protection des libertés publiques et la responsabilité des gouvernants constituent les piliers de l’action publique.

C’est précisément à ce niveau que commence le véritable travail. Car le retour à l’ordre constitutionnel ne signifie pas simplement que les institutions retrouvent leur place dans l’architecture de l’État. Il signifie également que chaque institution doit assumer pleinement ses missions, dans le respect de ses compétences et des règles qui fondent sa légitimité. La République ne peut durablement se consolider que lorsque le droit s’impose à tous et que la puissance publique s’exerce dans un cadre lisible, stable et prévisible.

Dans cette nouvelle séquence, le leadership du président élu Mamadi Doumbouya est attendu sur un terrain où les symboles doivent désormais se conjuguer avec les actes. La responsabilité d’un chef de l’État ne se mesure pas seulement à sa capacité à incarner une ambition nationale. Elle s’apprécie aussi à sa faculté de rassembler, de préserver la cohésion sociale, de faire fonctionner les institutions et de créer les conditions d’un développement qui profite au plus grand nombre.

Je lève mon pouce pour les avancées institutionnelles lorsqu’elles contribuent réellement à la stabilité de la nation, à la continuité de l’État et à la consolidation de la République. Mais saluer une étape franchie ne signifie ni fermer les yeux sur les défis qui subsistent ni considérer que l’essentiel est définitivement acquis. L’exercice de la vigilance citoyenne demeure indispensable. En démocratie, l’adhésion ne dispense jamais de l’exigence, et la reconnaissance des progrès n’interdit nullement d’interroger les résultats.

La stabilité politique, en effet, n’est pas une fin en soi. Elle est une condition du progrès. Elle n’a de valeur durable que si elle permet aux entreprises d’investir, aux jeunes de trouver un emploi, aux familles d’accéder à des soins de qualité et aux enfants de bénéficier d’une éducation à la hauteur de leurs ambitions. Elle doit également permettre aux femmes de participer pleinement à la vie économique et sociale, aux territoires de bénéficier des infrastructures nécessaires à leur développement et aux citoyens de vivre dans un environnement où la sécurité et la justice ne sont pas des privilèges, mais des droits effectifs.

C’est ici que se joue la crédibilité de l’action publique. Les citoyens n’attendent pas seulement des institutions qu’elles existent ; ils attendent qu’elles répondent à leurs préoccupations. Ils veulent une administration accessible, des services publics efficaces, une justice digne de confiance et une gestion rigoureuse des ressources nationales. Ils veulent comprendre comment les richesses du pays peuvent se traduire en écoles mieux équipées, en hôpitaux plus performants, en routes praticables et en perspectives économiques réelles.

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La Guinée dispose d’atouts considérables, notamment dans les secteurs minier, agricole, énergétique et entrepreneurial. Mais la richesse d’un pays ne se résume pas à ce que son sous-sol renferme. Elle se mesure également à la qualité de ses institutions, à la compétence de ses ressources humaines, à la transparence de sa gouvernance et à la capacité de ses dirigeants à transformer les opportunités en progrès partagé. L’enjeu est donc de faire du potentiel national un véritable levier de prospérité, sans perdre de vue les exigences de justice sociale et d’équité territoriale.

Il serait tout aussi illusoire de croire que cette ambition relève de la seule responsabilité du pouvoir exécutif. La construction d’un État solide appelle la contribution de toutes les forces vives de la nation : les institutions républicaines, les élus, les acteurs économiques, les organisations de la société civile, les médias, les universitaires et les citoyens eux-mêmes. Chacun a un rôle à jouer dans la consolidation du lien national, la défense de l’intérêt général et la promotion d’une culture du débat respectueux.

Le dialogue doit, dans cette perspective, demeurer un instrument de gouvernance et non une simple formule de circonstance. Une société avance plus sereinement lorsque les désaccords peuvent s’exprimer sans violence, lorsque les critiques sont entendues sans être systématiquement perçues comme des adversités et lorsque les décisions publiques peuvent être expliquées, discutées et évaluées. La force d’une institution ne réside pas dans l’absence de contestation, mais dans sa capacité à agir avec légitimité, à rendre compte et à corriger ses insuffisances.

La jeunesse guinéenne, particulièrement, attend des perspectives à la mesure de son énergie et de ses ambitions. Elle ne peut se satisfaire indéfiniment de discours sur l’avenir si celui-ci tarde à se matérialiser dans son quotidien. La formation professionnelle, l’entrepreneuriat, l’accès au financement et la création d’emplois productifs doivent figurer parmi les priorités d’une gouvernance tournée vers les résultats. Car un pays qui investit dans sa jeunesse investit dans sa stabilité, sa compétitivité et sa capacité à préparer les générations futures.

Au fond, le retour à l’ordre constitutionnel doit être compris comme un commencement plutôt que comme un aboutissement. Il ouvre un nouveau chapitre, dont la réussite dépendra de la capacité des institutions à fonctionner, des responsables publics à rendre compte de leurs décisions et des citoyens à exercer leurs droits avec responsabilité. L’histoire retiendra les étapes politiques franchies, mais le jugement du quotidien se construira sur des faits : la qualité des services publics, la confiance dans la justice, les opportunités offertes à la jeunesse et l’amélioration concrète des conditions de vie.

La Guinée a désormais devant elle un défi à la fois institutionnel, économique et humain : faire en sorte que la consolidation de la République accompagne une transformation durable de la société. Ce défi exige de la méthode, de la patience, de la rigueur et une volonté constante de placer l’intérêt général au-dessus des intérêts particuliers.

Je lève mon pouce pour l’étape franchie, mais je le lève surtout pour l’exigence qui commence. Car le véritable succès d’un retour à l’ordre constitutionnel ne se lit pas uniquement dans le calendrier politique. Il se mesure à la capacité d’un pays à faire vivre ses institutions, à garantir les droits, à créer des opportunités et à offrir à chaque citoyen une raison d’espérer.

La nouvelle page est ouverte. Il appartient désormais aux dirigeants de lui donner du contenu, aux institutions de lui donner de la solidité et aux citoyens de veiller à ce que les promesses de la République se traduisent en réalités.

Je lève mon pouce : saluons le chemin parcouru et faisons de la gouvernance responsable, de la justice et du progrès partagé les prochaines victoires de la Guinée.

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