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Décès de Dr Alpha Oumar Barry : l’Université Julius Nyerere de Kankan doit reconnaître son tort, présenter des excuses et honorer sa mémoire (par Abdoulaye Nkoya Sylla)

En 2010, à Kindia, une femme décédait un mercredi à 13 heures, après deux longues années de maladie. Son mari, bouleversé, envisageait de l’enterrer le jour même à 16 heures. L’imam du quartier s’approcha alors de lui et lui rappela avec sagesse : « Elle n’est pas ta copine, elle est ton épouse, la mère de tes cinq enfants. Pourquoi cette précipitation ? Attendons demain, afin que sa famille puisse lui rendre un dernier hommage. »
Ainsi fut fait. Cette femme, c’était ma mère. Et ce jour-là, j’ai compris qu’au-delà de la douleur, il y a le devoir de respect.
Dans le cas du décès du Dr Alpha Oumar Barry (AOB), il est difficile de ne pas constater une certaine précipitation de la part des autorités universitaires. À peine décédé à 5 heures du matin, son corps était remis à la famille à 15 heures. Pourtant, il s’agit d’un homme qui aurait consacré près de quarante années de sa vie à l’Université Julius Nyerere de Kankan, où il aurait enseigné depuis 1972 selon plusieurs témoignages.
Les conditions de transfert de sa dépouille vers son Dalaba natal ont suscité indignation et incompréhension. Beaucoup ont été choqués. Beaucoup ont estimé que l’institution à laquelle il a tant donné aurait pu prendre le temps de réfléchir, d’organiser un hommage, un symposium digne, de consulter la famille pour convenir ensemble de la meilleure démarche.
AOB appartenait à sa famille biologique, certes. Mais il appartenait aussi et peut-être encore davantage à l’Université Julius Nyerere de Kankan, qu’il a servie avec loyauté, discrétion et professionnalisme. Il n’a presque jamais occupé de hautes fonctions administratives, en dehors de responsabilités départementales. Ce qui l’animait, ce n’était ni le pouvoir ni les titres : c’était l’enseignement. Transmettre le savoir, former des générations d’étudiants, intervenir même dans d’autres départements lorsque le besoin se faisait sentir.
Aujourd’hui, le mal est fait. Mais il n’est jamais trop tard pour faire ce qui est juste.
Les autorités universitaires, notamment le Rectorat, gagneraient en grandeur en reconnaissant publiquement que la gestion de cette situation a pu heurter. Un communiqué d’excuses adressé à la famille, aux collègues, aux étudiants et à tous ceux qui ont été peinés par les images et les circonstances serait un acte fort. Non pas un aveu de faiblesse, mais un geste de responsabilité et d’humanité.
Car AOB mérite mieux que le silence.
Il mérite mieux que l’oubli.
Pour que son nom ne s’efface pas avec le temps, l’université devrait l’immortaliser. Donner son nom à un bâtiment ou à un amphithéâtre, lors d’une cérémonie officielle en présence de sa famille biologique et professionnelle, serait un acte symbolique fort. Des discours pourraient rappeler ses longues années de service rendu à la nation, son engagement pédagogique et son impact sur des milliers d’étudiants.
Au sein de l’Université Julius Nyerere de Kankan, des infrastructures portent déjà les noms de personnalités, dont celui de l’actuelle ministre de l’Enseignement supérieur. Un amphithéâtre honore également la mémoire d’un ancien vice-recteur disparu. Il serait donc légitime et cohérent qu’un bâtiment ou un amphithéâtre porte aussi le nom du Dr Alpha Oumar Barry.
Donnons à AOB ce qu’il n’a jamais demandé.
Donnons-lui ce qu’il n’a jamais sollicité.
Donnons-lui ce qu’il n’a jamais réclamé.
Peut-être n’aurait-il même pas souhaité un tel honneur de son vivant. Mais il l’a mérité.
Près de quarante ans de service ne doivent pas s’achever dans l’oubli absolu.
Honorer sa mémoire, c’est aussi rappeler aux générations futures que le dévouement, la fidélité et l’amour du savoir ont une valeur.
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