ÉDITORIAL | Par Hassane Diallo
Le football guinéen est-il à la dérive ? La question peut déranger, mais elle mérite d’être posée. Dans un pays où le ballon rond fait vibrer des millions de passionnés, où les jeunes rêvent de marcher sur les traces de leurs idoles et où le talent ne manque pas, une interrogation s’impose : pourquoi le football national peine-t-il encore à transformer son potentiel en une réussite durable ?
Derrière les performances du Syli national et les exploits de quelques internationaux évoluant à l’étranger, une autre réalité mérite toute notre attention : celle des clubs locaux, du championnat national, des centres de formation, des infrastructures et de la gouvernance. Car le football guinéen ne se résume pas à son équipe nationale. Il est un ensemble dont chaque maillon compte, mais dont les fondations doivent être consolidées.
Le talent ne suffit plus !
La Guinée a produit et continue de produire des footballeurs capables de briller sur la scène internationale. Mais peut-on durablement bâtir un grand football sur les seules qualités individuelles des joueurs ? Peut-on espérer des résultats constants sans un championnat attractif, des clubs mieux structurés, des infrastructures adaptées et une politique de formation ambitieuse ?
Le talent est une richesse. Encore faut-il savoir l’encadrer, le développer et lui offrir les conditions nécessaires pour s’épanouir. Un football qui mise essentiellement sur ses individualités, sans renforcer ses structures, risque de compromettre son propre avenir.
Les clubs constituent pourtant le socle de cette construction. Ils ont besoin de moyens, d’une organisation solide et d’un environnement qui favorise leur développement. Les jeunes, eux, ont besoin de terrains adaptés, d’entraîneurs qualifiés et de véritables perspectives. Quant aux compétitions nationales, elles doivent pouvoir susciter l’intérêt du public, attirer des partenaires et offrir un spectacle à la hauteur de la passion des supporters.
La FEGUIFOOT : un fauteuil, mais surtout une responsabilité
À l’approche de l’élection à la tête de la Fédération guinéenne de football, les regards se tournent naturellement vers les candidats. Les ambitions sont affichées, les projets présentés et les soutiens mobilisés. Mais au-delà des personnes, une question essentielle demeure : quel avenir chacun propose-t-il pour le football guinéen ?
L’enjeu dépasse largement la conquête d’un fauteuil présidentiel. Diriger la FEGUIFOOT, c’est porter une responsabilité envers les clubs, les joueurs, les entraîneurs, les arbitres, les supporters et toute une jeunesse qui voit dans le football un moyen d’expression, d’ascension sociale et d’espoir.
Le prochain Comité exécutif devra être jugé sur des résultats concrets. La transparence dans la gestion, la crédibilité des compétitions, le développement du football à la base et l’accompagnement des clubs devront occuper une place centrale dans ses priorités.
Les promesses électorales ne manquent généralement pas. Mais le football guinéen a-t-il besoin de nouveaux discours ou d’engagements assortis d’objectifs précis, de moyens identifiés et d’un calendrier d’exécution ?
Changer les hommes ou reconstruire le système ?
Voilà le véritable débat.
Le renouvellement des dirigeants peut ouvrir une nouvelle page, mais il ne saurait constituer, à lui seul, une garantie de progrès. Les difficultés structurelles exigent des réformes cohérentes, une vision à long terme et une volonté de placer l’intérêt du football au-dessus des ambitions individuelles.
La responsabilité est également collective. Les dirigeants doivent rendre compte de leurs décisions. Les clubs doivent renforcer leur organisation. Les encadreurs doivent bénéficier de meilleures conditions de travail. Les partenaires économiques doivent être encouragés à investir dans un secteur qui mobilise une importante partie de la population.
Quant aux supporters et aux médias, leur rôle ne doit pas se limiter aux célébrations après une victoire ou aux critiques après une défaite. Le débat doit porter aussi sur les fondations, les mécanismes de gestion et les perspectives de développement.
Car si le Syli national représente la vitrine du football guinéen, les clubs, les compétitions locales et les centres de formation en constituent les fondations. Négliger ces dernières, c’est fragiliser l’ensemble de l’édifice.
Le football guinéen mérite mieux que des promesses.
Il mérite une ambition qui se traduit sur les terrains, dans les clubs, dans les écoles de football et dans les instances dirigeantes. Il mérite une gouvernance qui inspire confiance, des compétitions qui suscitent l’adhésion et une politique de formation capable de préparer les générations futures.
Alors, qui pour sauver le football guinéen ? Un président providentiel ? Une nouvelle équipe dirigeante ? Ou une véritable prise de conscience collective ?
La réponse ne viendra pas uniquement des urnes. Elle se mesurera à la capacité des futurs dirigeants et de l’ensemble des acteurs à transformer les ambitions en réalisations.
Le football guinéen n’a pas seulement besoin d’un nouveau capitaine. Il a besoin d’un cap, d’une boussole et d’un équipage prêt à ramer dans la même direction.
Le navire peut-il sortir de la tourmente ? L’avenir le dira. Mais une certitude demeure : le temps des promesses ne peut éternellement remplacer celui des résultats.
