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Ses débuts dans l’humour, les progrès, des anecdotes, ses ambitions : le célèbre humoriste guinéen, Iva Le Roi se confie à Siaminfos.com

De son vrai nom Mamadou Djan Bah, Iva Le Roi est un célèbre humoriste guinéen qui force aujourd’hui l’admiration sur les réseaux sociaux. Créateur de contenu digital, influenceur et web humoriste, il a su se frayer un chemin qui lui est propre. Faire des vidéos à la fois amusantes, instructives et éducatives, est un art pour celui dont le parcours scolaire s’est arrêté en 4e année. Du haut de sa prouesse, il a accordé un entretien exclusif à notre rédaction ce dimanche, 29 octobre 2023, à son domicile, en banlieue de Conakry. Ses débuts dans l’humour, les progrès réalisés, des anecdotes, ses ambitions à court, moyen et long terme pour ce secteur, le « partageur de la joie » comme il se fait appeler souvent, s’est confié à cœur ouvert à Siaminfos.com.

Siaminfos.com : Aujourd’hui vous êtes un humoriste qui n’est pas méconnu du grand public, veuillez nous parler de votre parcours scolaire?

Iva Le Roi : Peut être ça va surprendre les gens, mais moi je n’ai pas étudié. Tout ce que je fais, je l’ai appris dans la société. Sinon, j’ai un niveau de 4e année, je n’ai même pas fait la 6e année. C’est une manière de dire aux gens que c’est pas lorsque tu finis les études que tu pourras faire quelque chose. Étant quelqu’un qui n’a pas étudié, tu peux suivre des formations, l’Internet est là pour ça aujourd’hui. Je passe beaucoup de temps sur Google et YouTube que sur Facebook et TikTok, parce que Facebook, c’est juste pour se divertir. Et pourtant sur Google, ça me permet de faire des recherches, comprendre comment les choses se passent. Aujourd’hui, dans les différentes entreprises, ils demandent 5 ans d’expériences parce qu’ils ont besoin des gens qui connaissent le domaine.

De nos jours, vous êtes devenu un modèle pour beaucoup de jeunes, qu’est-ce qu’on peut savoir de vos débuts dans ce métier ?

Moi au début c’était facile contrairement à certains, parce que je n’avais pas pris ça comme un métier, je le faisais juste pour m’amuser, me divertir. Depuis tout petit, j’ai beaucoup aimé le cinéma et le théâtre naturellement. Mais j’écoutais beaucoup les médias. J’étais un grand auditeur de différents médias d’ici jusqu’à l’international. Du coup, j’étais le meilleur auditeur d’un groupe de médias en 2014. J’enregistrais mes différentes interventions dans mon téléphone et je les publiais sur mon compte Facebook. J’avais une émission d’humour, j’appelais et proposais mes blagues. Donc, les gens trouvaient que c’était drôle même dans le quartier. En 2015, j’ai fait une courte vidéo sur la coupure de courant générale à Conakry. J’ai dit dans ma vidéo que le professeur d’Alpha Condé qui est mon grand père m’a chargé de dire à chaque Guinéen d’aller puiser un bidon d’eau pour qu’on puisse aller verser ça dans le barrage Kaleta pour que le courant revienne. Donc, ça nous fait automatiquement 12 millions de bidons d’eau. La vidéo est devenue virale, les gens l’ont aimée, partagée. A l’époque, les gens ne connaissaient pas trop les trucs de web. En 2017, lors de l’élection Miss Guinée, les candidates se sont habillées en bikini. Cela a irrité la colère de beaucoup de Guinéens comme moi. J’ai fait une courte vidéo dans laquelle je dénonçais cela. La vidéo est devenue virale, les médias en parlaient. Le ministère de la Culture a même sanctionné la structure qui organisait l’événement. J’ai commencé aussi à faire la vidéo entre les politiciens parce qu’il y avait tellement de manifestations. J’essayais de déformer les différents discours des politiciens en mettant l’humour dedans. Il y avait des discours qui énervaient d’autres partis que ça soit l’opposition ou le pouvoir en place. Si un leader politique dit tel, j’essaie de modifier ça en ma manière pour en faire l’humour. Je faisais des vidéos collage, j’appelais le professeur Alpha Condé mon grand père, Cellou Dalein Diallo mon oncle, ainsi de suite. Je les mettais même en confrontation dans mes vidéos par rapport à leurs différentes interventions dans les médias. J’ai été le premier à faire ces genres de vidéos collage en Guinée. Ensuite, j’ai créé une troupe peulh qui fait des vidéos en peulh. Les gens m’avaient même suggéré de faire des vidéos, mettre sur CD et les vendre à Madina à 500 000 GNF ou 1 000 000 GNF. Ça ne me tenait pas trop la tête parce que le gars qui achète un CD va le multiplier et le revendre en devenant riche tandis que je suis célèbre dans le quartier pendant que je n’ai rien. J’ai jugé nécessaire de faire des vidéos et les poster sur le web. Au fur et à mesure j’ai commencé à être professionnel. Lorsque j’ai commencé à l’être, les difficultés ont commencé à surgir. Lorsque tu es professionnel, tu ne dois pas faire n’importe comment, jouer n’importe comment, il faut vraiment choisir les mots, le scénario, la réalisation, le montage, la qualité d’image, c’est ce qui rend la chose difficile.

Qui parle de succès dans un domaine quelconque parle de difficultés traversées. Si elles existent ou existaient chez vous, elles sont de quelle nature ?

Je minimise les difficultés parce que je suis passionné. J’aime beaucoup le cinéma, aujourd’hui il fait partie de moi. Même si je ne suis pas d’humeur à la maison, si je sors, je prends ma caméra, je commence à jouer, je change de personnalité. Si on a des difficultés aujourd’hui, c’est des difficultés financières parce qu’on n’a pas. Côté logistique, les matos, la réalisation des maisons. A part ça, de mon côté, j’ai l’énergie qu’il faut. Toutes les autres difficultés dont les gens parlent, les critiques sur les réseaux sociaux, les gens qui veulent te descendre, je minimise cela. Je suis passionné, j’aime ce que je fais. Quand tu deviens une personnalité publique, il faut forcément t’attendre à certaines choses. A part des critiques et suggestions, il y a certaines personnes qui sont frustrées, jalouses de ce que tu fais alors qu’elles sont incapables de faire la même chose. Il arrive des fois qu’elles te fassent des coups bas, mais Dieu merci j’arrive à m’en sortir. J’ai une philosophie, aujourd’hui je suis là, demain je ne serai pas là. Le plus important, c’est le message que je reste derrière moi. Il n’est pas important pour moi de faire la guerre. Ç’aurait été moi, le monde allait vivre en paix.

Vous pouviez devenir footballeur, commerçant, mais vous avez choisi l’humour. Quelles sont vos motivations ?

Devenir footballeur, c’était mon rêve d’enfant parce que je jouais très bien au foot. Avant d’être dans l’humour, j’ai été un vitrier de profession. J’ai fait la vitrerie aluminium, j’ai fini, je suis un maître. C’est l’humour qui m’a enlevé dedans parce que le cinéma est très jaloux, ça ne te permet pas de faire deux choses à la fois. J’ai choisi l’humour parce que moi-même je suis de nature joyeux. J’aime la paix, j’aime tout ce qui est tranquille. Donc, la joie que je ressens, j’aime la partager autour de moi. Ce qui me fait plus plaisir dans mon métier, c’est lorsque je lis des commentaires ou rencontre des personnes dans la circulation qui apprécient ce que je fais. Il n’y a pas quelque chose dans le monde qui me fait plaisir plus que ça. L’objectif de ce que je fais, ce n’est pas avoir seulement l’argent, c’est quand je sens que mes proches sont heureux à travers ce que je fais, il n’y a pas mieux que ça. Le stress rend fou, malade. Aujourd’hui, dans la circulation, vous pouvez croisez des personnes qui parlent seules parce qu’elles sont stressées. Si elles n’ont pas des gens comme nous pour leur faire rire, leur faire oublier leur stress, vont tomber dans l’alcool, la drogue, par finir elles vont devenir folles. Je veux vraiment faire passer le message, contaminer tout le monde avec la joie, je veux que le monde soit en paix c’est pourquoi j’ai choisi l’humour.

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Vos vidéos comme celle (Liberté, ndlr) réalisée à l’occasion de l’an 65 de l’indépendance guinéenne (avec un million de vues en vingt quatre heures, ndlr) sont généralement virales sur les réseaux sociaux, d’où vous tirez votre inspiration ?

L’inspiration vient naturellement. Tout ce que je fais, je m’inspire de la société. Si nous échangeons par exemple avec quelqu’un, je vais tout faire apprendre quelque avec lui. Pas forcément du copier-coller, mais du copier-coller intellectuel parce que j’apprends du positif pas forcément du négatif. J’ai fait une vidéo dans laquelle mon chauffeur a rendu service à mon ami d’école en le prenant dans ma voiture. Et puis ne sachant pas qu’il était dans ma propre voiture, mon ami me dénigre devant mon chauffeur en rappelant que j’étais toujours le dernier de la classe. Alors qu’on n’est pas obligé de finir les études pour réussir dans la vie. Il faut juste avoir un objectif, la volonté de réussir, de travailler. Mon ami a toujours été le premier de la classe, mais j’étais le dernier, et puis il est dans ma voiture sans le savoir. Mon chauffeur l’a pris juste pour lui rendre service. Côté social, j’ai réussi plus que lui. J’ai réussi plus que lui parce que j’ai su innover, créer. C’est comme ça la réalité africaine. Donc, c’est une manière de vous rabaisser par rapport à ce que vous êtes aujourd’hui.

Depuis que vous êtes dans ce métier, vous avez raflé quels trophées et quelles sont les formations que vous avez suivies jusqu’ici ?

J’ai suivi des formations en écriture de scénarios, en jeux d’acteurs, en prestation en tant qu’humoriste sur scène. J’ai suivi quelques formations aussi en réalisation et metteur en scène et acteur. J’ai gagné un trophée international que j’ai eu en 2021, il s’agit du trophée de meilleur web humoriste de l’Afrique francophone. On était au nombre de 43 candidats, j’ai été 1er. Quand je suis rentré au pays, j’ai été reçu par le ministère de la Culture. Aujourd’hui, je me dis qu’avec ce que je fais, je représente le pays. Je ne dois pas proposer de n’importe quoi. Tout ce que je dois proposer doit vraiment coller à l’image de la Guinée. Si c’est bon, on dira que c’est un jeune Guinéen, si ce n’est pas bon aussi, on dirait également que c’est un jeune Guinéen. Donc, ma personnalité est petite dans ce que je vais, c’est la Guinée qui est mise en avant c’est pourquoi je n’arrête pas d’apprendre, de m’améliorer. Aujourd’hui, si les moyens me permettaient, j’allais suivre les grandes formations à l’international pour pouvoir  être plus efficace que ça. Mon rêve, c’est devenir un grand acteur international qui va représenter la Guinée surtout dans l’humour et le jeu d’acteur.

A part ça, quelles sont vos ambitions à moyen et long terme ?

J’entends produire de bons films, pas seulement sur les réseaux sociaux. C’est comme un peu la vidéo de l’indépendance que j’ai réalisée, le scénario ne se limite pas là. Si j’avais les moyens, j’allais réaliser un film peut être en long ou court métrage qui pourra être projeté le 2 octobre de chaque année pour vraiment monter à la nouvelle génération ce qui s’est passé pendant la période coloniale. Je veux vraiment travailler sur le cinéma, faire de beaux contenus, de beaux films. Au temps du premier régime, la culture guinéenne était au top mais pourquoi pas aujourd’hui ? Aux autorités de se bouger pour aider la culture. Aujourd’hui, chacun se bat pour lui-même. Par exemple, moi Iva Le Roi, quand je gagne un poste, je me contente de ça en oubliant je dois honorer l’image du pays à l’international. L’année passée, j’ai été nominé dans une compétition au Mali, je n’ai pas pu y aller. Si les moyens ne sont pas là pour voyager, ça sera compliqué.

Depuis que vous avez commencé à pratiquer ce métier, est-ce que vous avez un regret aujourd’hui et dites-nous quel conseil avez-vous à donner à la nouvelle génération ?

J’ai n’ai pas de regret dans la culture et je pense que je ne pourrai pas l’avoir parce que j’aime déjà ce que je fais. L’amour que j’ai pour l’humour, rien ne peut me freiner dedans. Je n’ai que du plaisir à partager. J’invite la nouvelle génération d’innover, de créer. C’est bien de copier, mais il faut pas faire du copier-coller exact. Il est normal que chacun s’inspire de l’autre, l’œuvre artistique n’est jamais parfaite. Il faut toujours écouter, prendre les critiques et suggestions en compte. Parfois des gens commentent tes œuvres, ce n’est pas pour te descendre, c’est pour t’aider à t’améliorer. Donc, ces genres de personnes il faut les prendre comme celles qui veulent t’aider. Mais il y a des personnes frustrées n’ayant pas eu les moyens d’aller à Nicaragua ou en Europe, viennent déverser leur colère sur toi, il ne faut même pas les écouter. Montrons les belles images de la Guinée, le côté positif de la Guinée. Tout ne peut pas être rose, même en Europe ou aux États-Unis. Aujourd’hui, nous sommes là mais demain nous ne serons pas là. Ce sont nos images, nos actes qui vont parler à notre place. Aujourd’hui, on lit les romans des grands écrivains qui sont passés. On s’inspire d’eux parce qu’ils ont bien travaillé. J’ai une pensée spécial à mes abonnés qui me soutiennent, partagent mes vidéos matin, midi et soir. J’ai un staff dynamique derrière. J’ai formés plein de jeunes qui ont de la visibilité aujourd’hui, il y en a qui évoluent aujourd’hui en solo.

 

Entretien réalisé par Mohamed Lamine Souaré pour Siaminfos.com

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