Le tribunal de première instance de Kankan a rendu son verdict ce lundi dans le dossier des affrontements sanglants ayant opposé les localités de Gbérédou Baranama et Sanana, sur fond de tensions autour de l’exploitation minière.
Ces violences, qui avaient fait plusieurs morts, causé de graves blessures et conduit à l’amputation d’une victime, avaient donné lieu à une longue procédure judiciaire de plusieurs mois.
À l’issue des audiences, la juridiction a prononcé des décisions contrastées, entre relaxes, requalifications des faits et lourdes condamnations.
Certains prévenus, poursuivis notamment pour meurtre et complicité de meurtre, ont été acquittés. Le tribunal a estimé que les charges retenues contre eux n’étaient pas suffisamment établies et a ordonné la libération immédiate de certains accusés.
En revanche, plusieurs autres ont été reconnus coupables de faits particulièrement graves, parmi lesquels le meurtre, la tentative de meurtre et la complicité.
La peine la plus sévère a été prononcée contre Nassouba Mamadi Condé, dit « Le Maire », actuellement en fuite. Il a été condamné à 30 ans de réclusion criminelle, assortis d’une amende de 2 millions de francs guinéens. Le mandat d’arrêt émis contre lui a été maintenu.
Namory Condé, alias « Kobori », et Frankouma Condé ont, pour leur part, écopé chacun de 15 ans de réclusion criminelle et d’une amende de 2 millions de francs guinéens.
D’autres accusés ont été condamnés à 10 ans de réclusion criminelle, également accompagnés d’une amende de 2 millions de francs guinéens, après avoir été déclarés coupables de complicité de meurtre et de coups et blessures volontaires.
Le tribunal a également fixé à cinq ans la période de sûreté applicable à l’ensemble des condamnés. Sur le plan civil, les personnes reconnues coupables devront verser solidairement 4 milliards de francs guinéens de dommages-intérêts aux parties civiles.
En revanche, la juridiction a rejeté la demande visant à faire prendre en charge par l’État les soins de la victime amputée lors des affrontements.
À la sortie de l’audience, les réactions des différentes parties ont divergé. La défense a annoncé son intention de faire appel, estimant que la décision ne respecte pas les dispositions légales.
Me Mohamed Kourouma, avocat de la défense, a ainsi déclaré que le jugement du tribunal de première instance de Kankan n’était pas définitif et que ses clients n’étaient pas globalement satisfaits de la décision, raison pour laquelle un appel sera interjeté sans délai.
Du côté des parties civiles, les avocats ont reconnu les limites d’une réparation judiciaire dans une affaire aussi dramatique. Me Ibrahima Kalil Kanté a souligné qu’aucune décision ne pouvait véritablement réparer la perte de vies humaines ni l’amputation subie par une victime. Il a toutefois regretté le rejet de la demande relative à la prise en charge médicale de cette dernière, précisant qu’un appel pourrait également être envisagé sur ce point.
Le ministère public, de son côté, s’est félicité du verdict, qu’il considère comme une confirmation du bien-fondé des poursuites engagées. Le procureur de la République, Fodé Bintou Keïta, a estimé que les faits étaient clairement établis, rappelant que plusieurs personnes avaient perdu la vie et que d’autres avaient subi de très lourdes séquelles. Selon lui, le fait que neuf des dix accusés détenus aient été reconnus coupables prouve que les poursuites n’étaient pas sans fondement.
Il a par ailleurs salué le maintien du mandat d’arrêt visant le principal accusé en fuite, condamné à 30 ans de réclusion criminelle.
Dans l’attente d’un éventuel appel, ce verdict constitue une étape majeure dans une affaire qui a profondément marqué les habitants des deux localités.
Mohamed Aly Keita
