Législatives et communales en Guinée : un acteur de la société civile demande le report de la date du 31 mai
La date du 31 mai pour les élections législatives et communales en Guinée suscite de vives inquiétudes. Alors que le scrutin avait déjà été reporté une première fois, de nouvelles voix s’élèvent pour demander un second report. En cause : une possible coïncidence avec la Tabaski, prévue le 28 mai, soit à peine 72 heures avant le double vote. À cela s’ajoutent d’autres festivités d’envergure nationale comme la Mamaya à Kankan ou Kania Soly à Kindia.
Pour Boubacar Sylla, président du Forum civil citoyen, un simple décalage de deux semaines permettrait de garantir l’inclusivité du scrutin. L’activiste, figure reconnue de la société civile guinéenne, dresse un constat sans appel après la réunion de son organisation vendredi soir.
« Nous avons tiré toutes les leçons du passé pour une implication accrue de l’ensemble des citoyens en âge de voter. Or, à ce jour, le constat général qui se dégage, c’est que ceux qui sont en charge de l’organisation de ces élections n’ont pas analysé l’environnement interne et externe, ni posé les hypothèses qui permettraient d’aller vers un scrutin inclusif. L’inclusivité ne signifie pas seulement que tous les partis soient en lice. Mais tous les électeurs ont-ils la possibilité de voter librement ? », interroge-t-il.
Selon Boubacar Sylla, le maintien de la date du 31 mai entraînerait une vague de déplacements dans presque toutes les localités, privant de nombreux citoyens de leur droit de vote. Il cite d’abord le cas des pèlerins guinéens.
« Cette année, nous avons eu un quota de 10 000 personnes, sans compter les 1 548 qui ont été recalées l’an dernier. Si tous ces gens quittent le pays maintenant pour la Mecque, ils ne pourront pas voter. Pourtant, ce sont des citoyens guinéens qui vivent dans ces collectivités et qui devraient pouvoir participer à l’élection de leurs maires ou de leurs députés. Donc 10 000 Guinéens ne seront pas là le 31 mai. »
Il évoque également la fête de Tabaski : « Certains Guinéens ne retournent dans leur village ou leur ville natale qu’à cette occasion. Or, les élections ont lieu moins de 72 heures après le 27-28 mai. Toutes ces personnes qui se déplaceront depuis leur lieu de vote ne pourront pas participer au scrutin. Pensez aussi à ceux qui vont faire leur Mamaya à Kankan, une tradition désormais ancrée dans le sang et la vie des citoyens de Kankan. Certains y partent pour deux semaines. »
L’activiste ajoute le cas des fonctionnaires affectés à l’intérieur du pays, qui souhaitent eux aussi rejoindre leurs régions d’origine pour les fêtes. « Il y a également ceux qui sont affectés en préfecture ou qui travaillent dans d’autres villes de Guinée et qui vont se déplacer. Donc pour nous, après toutes ces analyses, ces élections connaîtront de grands absents. »
Boubacar Sylla appelle la Direction générale des élections (DGE) à revoir sa copie et à envisager un report, ne serait-ce que de deux semaines, afin de permettre à tous de voter convenablement. À défaut, il prédit un échec massif le jour du scrutin.
« Je prédis déjà un engouement inférieur à 25 %. Si les musulmans représentent entre 80 et 90 % de la population électorale guinéenne, alors ces 90 %, ou au moins 75 %, se déplaceront d’un point A à un point B. Et leur retour ne se fera pas en une semaine », lance-t-il.
Cheick Fantamadi pour Siaminfos.com
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