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Lutte contre l’exploitation des mineurs : le Parquet Général de Conakry active un plan d’action radical

Face à la persistance de la mendicité, du travail précoce et de l’exploitation économique des enfants dans la capitale guinéenne et ses environs, le Parquet Général près la Cour d’appel de Conakry a dévoilé un plan d’action opérationnel d’une ampleur inédite. Ce dispositif, désormais en vigueur dans chaque parquet d’instance du ressort, vise à éradiquer les pires formes de travail des mineurs, en conformité avec le Code de l’Enfant et les conventions internationales ratifiées par la Guinée.

Marchés, carrefours, gares routières, garages, chantiers, zones minières ou encore décharges publiques : trop d’enfants sont encore exposés quotidiennement à des dangers graves (accidents, produits toxiques, machines dangereuses, violences). Face à cette réalité, les autorités judiciaires passent à l’offensive. « L’objectif est de mettre en place un dispositif permanent, coordonné et préventif pour empêcher l’exposition des enfants à la mendicité, à l’exploitation économique et aux travaux dangereux », rappelle le document-cadre.

Concrètement, des cellules locales de veille seront créées dans le ressort de chaque parquet. Composées du procureur ou de son représentant, d’officiers de police judiciaire (OPJ), de services sociaux, d’inspecteurs du travail, d’autorités communales et de représentants de l’éducation, elles seront le bras armé de cette politique.

Leur mission : identifier les zones à risques, centraliser les signalements, organiser des interventions préventives et assurer le suivi des enfants retirés des circuits d’exploitation. Ces cellules se réuniront une fois par mois en ordinaire, et de manière extraordinaire en cas d’alerte.

Chaque parquet devra établir, sous dix jours, une cartographie précise des zones à risques (marchés, carrefours, garages, ports, lieux de mendicité organisée…). Parallèlement, des missions conjointes (OPJ, services sociaux, inspection du travail) seront organisées : des opérations ordinaires chaque semaine, et des opérations renforcées pendant les pics d’activité économique.

Lors de ces patrouilles, les forces de l’ordre et les travailleurs sociaux devront :

· Empêcher la présence des enfants dans les lieux dangereux,

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· Sensibiliser les responsables des sites (employeurs, maîtres coraniques, chefs d’atelier),

· Retirer immédiatement les mineurs exposés.

Prise en charge et suivi social

L’action ne s’arrête pas au retrait. Le plan prévoit une procédure de protection en plusieurs étapes : mise en sécurité, identification des parents, évaluation sociale, puis orientation vers les services compétents. L’accent est mis sur la réunification familiale, la réinsertion scolaire et le suivi psychosocial.

Une attention particulière sera accordée aux enfants victimes des réseaux de mendicité organisée, de l’exploitation sexuelle ou travaillant la nuit.

Conscient que la répression seule ne suffit pas, le Parquet Général mise sur de vastes campagnes de sensibilisation à destination des parents, tuteurs, employeurs, leaders religieux et communautaires. Radios communautaires, télévisions, affiches et causeries éducatives seront mobilisées pour rappeler les interdits légaux et les dangers du travail des enfants.

Enfin, un mécanisme de coordination interinstitutionnelle est instauré, avec des cadres locaux de concertation, des systèmes d’alerte rapide et des échanges d’informations réguliers entre les différents acteurs.

Chaque parquet devra transmettre un rapport mensuel au Parquet Général avant le 5 de chaque mois, avec des indicateurs précis : nombre d’opérations, d’enfants retirés, de campagnes menées, difficultés rencontrées. Une évaluation trimestrielle permettra d’ajuster le dispositif.

« Ce plan doit faire l’objet d’une application rigoureuse, coordonnée, permanente, uniforme et proactive », insiste le document. Le ministère public, dans sa mission de défense de l’ordre public et de protection des personnes vulnérables, entend ainsi préserver les enfants de toute atteinte à leur dignité, leur sécurité et leur développement.

Les prochaines semaines diront si cette offensive judiciaire et sociale tient ses promesses. Une chose est sûre : la tolérance zéro est désormais affichée dans le ressort de la Cour d’appel de Conakry.

Bah Mohamed pour Siaminfos.com

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