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Détention sans jugement d’Alphonse Kamano depuis 7 ans : Me Béa tire la sonnette d’alarme et dénonce un « scandale judiciaire »

Incarcéré depuis le 8 février 2019, soit plus de sept ans, Alphonse Kamano, dit « Alasko », et ses deux coaccusés Oumar Diallo, alias Free man et Mohamed Soumah dit Passy sont toujours en attente de jugement par le tribunal criminel de Coyah. Leur dossier, mystérieusement disparu, n’a toujours pas été inscrit au rôle. Me Salifou Béavogui, avocat du principal mis en cause, exprime sa profonde inquiétude et dénonce une violation flagrante du droit à un procès équitable dans un délai raisonnable.

« Je suis très surpris et même éperdu. » C’est par ces mots que Me Salifou Beavogui, avocat au barreau de Guinée, a ouvert son réquisitoire contre ce qu’il qualifie de « déni de justice prolongé ». Son client, Alphonse Kamano, dit Alasko, croupit en détention préventive depuis sept ans et deux mois, sans qu’aucune date d’audience ne lui soit fixée devant le tribunal criminel de Coyah. Une situation d’autant plus grave que deux de ses coaccusés sont décédés en prison, toujours sans avoir été jugés.

« C’est inacceptable, c’est incroyable. Mon client est détenu, systématiquement emprisonné, mais il n’est ni jugé ni libéré. Il est en train de purger une peine à laquelle il n’a pas été condamné », martèle Me Beavogui. Selon lui, cette situation constitue une violation manifeste de la présomption d’innocence, des droits de la défense et du principe fondamental d’un procès juste et équitable dans un délai raisonnable, droit imprescriptible de tout citoyen.

Alphonse Kamano a été transféré à plusieurs reprises, de la prison civile de Coyah à Boké, puis à Kindia, avant d’être ramené à Coyah. Sa santé, selon son conseil, se dégrade chaque jour, tandis que sa famille « ne fait que pleurer ».

Face à l’immobilisme de la justice, Me Béavogui assure avoir multiplié les démarches depuis 2023 : courriers, sollicitations, allers-retours au palais de justice. En vain. Contraint d’engager une procédure d’urgence, il a obtenu en avril 2025 une ordonnance du juge des référés pénal du tribunal de première instance, qui a constaté… la disparition pure et simple du dossier d’instruction.

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« Le juge a indiqué que les articles 690 à 693 du code de procédure pénale permettent de reconstituer le dossier. Mais depuis cette décision, rien n’a été fait. Le dossier reste au point zéro », déplore l’avocat, qui appelle à une interprétation dynamique de la loi : faire repartir l’enquête du dernier acte connu.

Maître Beavogui rappelle le contexte : avant la réforme d’octobre 2016, les crimes étaient jugés par la Cour d’assises, une procédure lourde et longue, avec des sessions foraines espacées et des délais d’attente de plusieurs années. Désormais, la compétence criminelle a été ramenée aux tribunaux de première instance, permettant un double degré de juridiction et un jugement plus rapide.

« La loi s’est battue pour rapprocher la justice des justiciables, simplifier les procédures, désengorger les prisons. Mais dans le cas d’Alphonse Kamano, c’est l’inverse qui se produit : la réforme est bafouée, et mon client est sacrifié sur l’autel d’une inertie administrative incompréhensible », fustige-t-il.

Sans jeter l’anathème sur quiconque, Me Beavogui lance un avertissement solennel : « Ce qui arrive à Alphonse Kamano pourrait arriver à n’importe quel citoyen guinéen. La justice ne peut pas continuer à faire souffrir les gens sans les juger. »

L’avocat annonce qu’il poursuivra son combat pour que son client soit enfin jugé ou libéré. « Je continuerai à me battre, car tant qu’un innocent croupit en prison, la justice est bafouée. »

La session criminelle en cours à Coyah risque de s’achever sans que le nom d’Alphonse Kamano ne figure au rôle. Une nouvelle fois.

Mohamed Lamine Souaré pour Siaminfos.com

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