Mortalité maternelle en Guinée : tenue de l’atelier d’élaboration du plan de mise à l’échelle des produits de prévention et de traitement des Hémorragies du Post-partum (HPP)
En Guinée, les décès liés aux hémorragies du Post-partum (HPP), constituent un danger de santé publique. Selon les chiffres officiels, pour 100 000 naissances vivantes, 501 décès sont enregistrés. Une des principales causes est l’hémorragie du postpartum qui survient dans les heures qui suivent l’accouchement. Cette cause bien qu’évitable, continue à endeuiller les familles en Guinée. Ce constat amène les autorités sanitaires du pays et les partenaires techniques et financiers à apporter une solution efficace et durable dans la prevention et le traitement de ce fleau dans les formations sanitaires. Les strategies à adopter sont au centre des discussions dans un atelier de trois (3) jours qui s’est ouvert lundi, 1er juin 2026, au centre hospitalo-universitaire de Donka. Objectif, parvenir à élaborer un plan national de mise à l’échelle des produits et approches recommandés par l’OMS dans le cadre de la prévention et du traitement des HPP. Pour réduire considérablement la mortalité maternelle, des produits comme la carbétocine thermostable, l’acide tranexamique et la distribution anticipée du misoprostol au niveau communautaire, seront mis à profit.

Présente à cet atelier, la cheffe de division planification familiale à la Direction nationale de la santé familiale et de la nutrition, et point focal au niveau de ce projet Ampli-PPHI, a fait état de « résultats probants » depuis le début dudit projet : « Depuis que le projet a commencé, aucune femme n’est décédée par suite d’hémorragie du post-partum dans ces deux districts sanitaires. Et donc, ça veut dire que le projet est un projet porteur (…). Nous avons commencé avec un bel élan et nous sommes dans cette optique. Généralement, nous n’avons pas de difficultés qui sont liées à la mise en oeuvre au niveau des structures de santé, c’est les difficultés par rapport à l’acquisition des produits. Sinon, le projet a été vraiment apprécié depuis la communauté jusqu’au niveau des décideurs. Et donc vraiment, c’est le challenge qui est engagé, il faut mettre toutes les stratégies en œuvre pour la réduction de cette mortalité », a martelé Docteur Siré Camara.

Cet atelier de trois (3) jours réunit notamment des représentants des deux districts sanitaires dont l’inspecteur régional de la santé et de l’hygiène publique de Labé. Docteur Fangamou Kassié, puisque c’est de lui qu’il s’agit, a fait part de ses attentes à l’issue de l’atelier : « Et nous, notre préfecture, qui est la baie, a été l’un des sites d’implémentation, donc la mise en œuvre de ce projet. Et nous avons constaté que les résultats étaient concluants. Donc, notre attente aujourd’hui, c’est de pouvoir faire la mise à échelle de cette stratégie sur toute l’étendue du territoire national, dans le but de réduire drastiquement les décès maternels liés aux hémorragies du post-partum. Pour cette première journée de travail, on nous a présenté les résultats globaux de la recherche en lien avec la prise en charge, mais aussi la prévention. Nous avons constaté que ces résultats étaient très concrets », a-t-il salué avant de formuler des recommandations :

« Certes, il y a des défis, surtout des défis liés au financement pour l’achat des produits qui rentrent en compte de la prévention et du traitement. Et tout part d’abord de l’enregistrement de ce produit au niveau national, mais aussi de la prise en compte de tous les produits sur la liste nationale des médicaments essentiels. Ce que je peux suggérer aux autorités du ministère de la Santé, c’est de tout faire pour qu’on ait un financement pérenne de l’achat de ces médicaments, surtout à travers le budget national de développement, qui va bien sûr être accompagné par le financement des partenaires (…). Et donc, toutes les politiques nationales en termes de santé maternelle, mais aussi de la santé communautaire, doivent converger pour que nous puissions faire profiter de cette bête d’expérience qui donne vraiment de très bons résultats dans nos différentes structures sanitaires », a-t-il conclu.

La deuxième journée de l’atelier s’est tenue ce mardi, 2 juin 2026 avec des travaux de groupe concluants. De son côté, la responsable du bureau pays Jhpiego et du projet Ampli-PPHI a souligné l’importance de réunir durant les trois (3) jours, toutes les parties prenantes : « Le projet a travaillé dans les régions de Mamou et de Labé et a montré un peu la faisabilité et l’utilisation de ces produits qui sont recommandés par l’OMS. Et maintenant il s’agit, au vu des résultats obtenus, de passer à l’échelle. Et pour ce faire, enfin le ministère de la Santé a invité les parties prenantes représentatives pour cette mise à échelle. Donc c’est pour ça que dans cet atelier, vous avez des inspecteurs régionaux de santé, vous avez les partenaires, vous avez d’autres agents qui mettent en œuvre les projets de santé maternelle en Guinée. Vous avez la majorité des directions nationales, telles que la santé communautaire, la santé familiale, le BSD, le SNIS, la direction de la pharmacie, parce que c’est un ensemble de cadres qui travaillent par rapport à cette mise à échelle (…). Nous nous sommes entendus sur le rythme de progression de la mise à échelle. C’est vrai que ça va être une couverture nationale, mais on ne peut pas aller de façon brusque. On a défini des étapes et les travaux se poursuivent pour opérationnaliser cette stratégie (…). Il n’y a pas eu de décès maternel dû aux hémorragies du postpartum depuis un certain nombre de mois dans ces deux districts sanitaires », s’est réjouie Mme Jacqueline Aribot.

Dans le cadre de la mise en œuvre du projet Ampli-PPHI, les produits comme le misoprostol sont déjà approuvés par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Docteur Dramou Bernadette, en charge notamment de la santé maternelle néonatale au bureau de l’OMS, note pour sa part une « avancée significative » pour la Guinée : « Et ces interventions qui doivent contribuer à réduire la mortalité maternelle liée aux hémorragies suite aux accouchements, je pense que c’est des réformes salutaires. Et donc c’est l’occasion déjà de féliciter le gouvernement qui s’est mis en accord avec les directives de l’OMS pour vraiment amener le pays à engager des réformes nécessaires pour ainsi contribuer, je dirais, de manière drastique à la réduction de la mortalité maternelle. Parce que n’oubliez pas, la mortalité maternelle est encore une préoccupation pour notre pays, dans la mesure où, au jour d’aujourd’hui, nous sommes encore à 501 décès pour 100 000 naissances vivantes. Donc il faut dire que c’est encore très, très élevé. Et les hémorragies constituent l’une des causes de mortalité maternelle dans notre pays. Et je pense que ce serait important que ce que nous sommes en train de faire au cours de ces trois jours d’atelier puissent vraiment être pris, je dirais, en main au niveau de l’État et ainsi contribuer à, effectivement, cette réduction de la mortalité », a-t-elle suggéré avant d’ajouter :

« Je pense que nous sommes à toutes les étapes. Déjà dans le processus de mise en œuvre du projet pilote, on accompagne techniquement et aussi dans tout ce qui concerne la documentation. Et aussi ce qui est important aujourd’hui, c’est comment en tant qu’organisation nous aidons les pays à mettre en œuvre les directives. Et ces directives qui sont élaborées au niveau mondial, comment nous devons appuyer les pays à mettre cela en œuvre sur le terrain. Et c’est déjà l’une des raisons pour lesquelles nous sommes là. Et nous allons accompagner l’ensemble du processus, mais aussi aider à la mobilisation des ressources, au renforcement des capacités, mais aussi au suivi de la mise en œuvre à toutes les étapes (…). Aucune femme ne doit mourir en donnant la vie. Et c’est pour cette raison que nous nous sommes engagés à accompagner l’État. Il faudrait que ces produits soient mis à la disposition des formations sanitaires, que les gens soient formés, que ça puisse être utilisé et que ça puisse contribuer vraiment à la réduction de la mortalité maternelle », a-t-elle espéré.

A l’issue de cet atelier d’élaboration du plan de mise à l’échelle des activités de prévention et de traitement des HPP, toutes les parties prenantes s’attendent à beaucoup plus de résultats concluants dans les differents districts sanitaires. En 2024 par exemple, le taux de décès liés aux hémorragies du post-partum était de 37% à l’hôpital régional de Mamou, avant l’intervention du projet Ampli-PPHI. Aujourd’hui, le taux a drastiquement baissé. Cet atelier a été organisé avec l’accompagnement technique et financier du projet AMPLI-PPHI, dirigé par Jhpiego avec le soutien de UNITAID.

Mohamed Lamine SOUARÉ pour Siaminfos.com
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