Viande avariée à Labé : le président des bouchers et deux autres suspects en garde à vue, la brigade de recherche saisit le lot impropre à la consommation
Un scandale sanitaire secoue la cité de Karamoko Alpha. Une grande quantité de viande, initialement offerte pour la Tabaski et conservée jusqu’à pourrissement, a été écoulée sur le marché local. Saisie par la brigade de recherche, l’affaire a conduit à l’interpellation du président des bouchers, d’un vétérinaire et du propriétaire présumé de la marchandise. L’incinération est prévue a été faite ce mercredi même.
C’est une affaire qui mêle santé publique, désobéissance corporatiste et suspicions de corruption. Depuis ce mardi 2 juin 2026, Labé vit au rythme d’une polémique aussi nauséabonde que la viande qui en est à l’origine. Des bouchers récalcitrants ont donné l’alerte : plusieurs centaines de kilos de bœuf, impropres à la consommation, auraient été écoulés, voire déjà vendus à des clients ignorants.
Selon nos recoupements, cette viande provient d’un don fait par des ressortissants turcs à l’occasion de la fête de Tabaski. Loin d’avoir été distribuée aux nécessiteux, elle aurait été stockée jusqu’à entamer un processus avancé de décomposition. C’est alors que le président de la corporation des bouchers de Labé, Boubacar Kanté, aurait décidé, de concert avec le propriétaire de la viande, Elhadj Mamadou Dian Kokouma Diallo, et le vétérinaire Kalidou Diallo, de la remettre sur le marché plutôt que de la détruire.
Alpha Oumar Diallo, boucher à Labé, ne décolère pas. Joint par notre rédaction, il raconte les pressions reçues dès l’aube de ce mardi.
« Ce matin, au moment où je m’apprêtais à amener mes bœufs à l’abattoir, j’ai reçu une consigne du président de la corporation : aujourd’hui, aucun boucher n’est autorisé à abattre une vache destinée à la vente. La raison ? Il faut d’abord écouler une quantité de viande appartenant à Elhadj Mamadou Dian Kokouma Diallo. Au début, nous nous opposions à cette interdiction. Mais quand nous avons vu l’état de cette viande, nous avons compris qu’il faut faire front commun contre ceux qui veulent empoisonner la population. »
Son collègue Mamadou Dian Sow est tout aussi catégorique, et apporte des éléments concrets. « Le président des bouchers et son équipe disposent déjà d’une liste de huit points de vente où cette viande doit être déposée. Je vous le dis : une partie a déjà été vendue à des clients qui ignorent tout de la qualité du produit. Dans certains kiosques de boucherie, si vous y allez maintenant, vous trouverez cette viande. Et des rôtisseurs dans les quartiers en ont aussi reçu de grandes quantités pour la revendre. »
Selon lui, cette viande, donnée gratuitement par les Turcs, n’est plus « bonne pour la consommation ».
Face aux accusations, Boubacar Kanté, le président des bouchers, a été entendu par la brigade de recherche. Mais avant sa garde à vue, il a livré sa version à nos confrères.
« Dans les conditions normales, tous ces bouchers qui s’agitent devraient être exclus de la corporation. Pendant la Tabaski, ils ont vendu le kilogramme de viande à un prix largement supérieur à celui fixé par les autorités, 60 000 francs guinéens au lieu du tarif convenu. Aujourd’hui, si un citoyen peut aider la population de Labé en proposant de la viande à un prix abordable, je ne peux que m’en réjouir. »
M. Kanté assume avoir demandé aux bouchers d’accepter que ce citoyen écoule sa viande à moindre coût, afin de la revendre aux clients à 55 000 francs guinéens le kilo. « Dire que la viande est de mauvaise qualité, cela relève du vétérinaire. Nous avons convenu de mettre de côté ce qui est mauvais. Ce qui dérange ces bouchers, c’est qu’ils ne pourront plus vendre leur propre viande à des prix exorbitants, en violation de la convention établie avec les autorités. Tant que cette viande est là, cela les empêche de faire leurs prix. »
Un argument que les enquêteurs ont examiné de près, avant de constater que la viande présentait visiblement des signes avancés de putréfaction, rendant caduque toute notion de contrôle vétérinaire.
Alertée par la fronde des bouchers et les risques sanitaires évidents, la brigade de recherche a rapidement saisi l’ensemble du lot suspect. Sur les images parvenues à notre rédaction, des morceaux de viande aux teintes anormalement foncées ont été entassés dans un tricycle à moteur, puis transportés dans les locaux des enquêteurs.
Les trois présumés auteurs Boubacar Kanté (président des bouchers), Kalidou Diallo (vétérinaire) et Elhadj Mamadou Dian Kokouma Diallo (propriétaire de la viande) ont été placés en garde à vue. Selon une source proche de l’Inspection régionale du commerce, ils restent à la disposition des enquêteurs dans l’attente des suites judiciaires.
Par ailleurs, une mesure radicale a été prise : toute la viande saisie sera incinérée ce mercredi 3 juin 2026 sur le site de Tchalakoun, hors de portée des hommes comme des animaux.
L’affaire, qui a révélé des tensions profondes au sein de la corporation des bouchers de Labé, pose désormais une question simple : comment une viande impropre a-t-elle pu franchir les étapes théoriques du contrôle sanitaire, et surtout, combien de consommateurs en ont-ils déjà mangé sans le savoir ? L’enquête devra y répondre.
Labé, Bachir Diallo, pour siaminfos.com
