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Labé : la grogne des agents électoraux, trois semaines d’attente pour des primes promises en 72 heures

À Labé, dans le nord de la Guinée, la patience des membres des bureaux de vote a des limites. Trois semaines après le double scrutin communal et législatif du 31 mai dernier, ces agents attendent toujours le paiement de leurs indemnités. Une promesse de décaissement sous 72 heures non tenue, une prime de formation fantôme et un sentiment d’injustice face à des communes rurales déjà servies : la colère couve.

C’est une situation devenue intenable pour les membres des bureaux de vote de la commune urbaine de Labé. Ce vendredi 19 juin 2026, ils étaient plusieurs dizaines à se masser devant le bloc administratif de la préfecture, lettres de revendication à la main. Leur cible : le gouverneur de la région, le préfet et le directeur préfectoral des élections. Leur mot d’ordre : « Nous voulons notre dû. »

« On nous avait promis qu’au plus tard 72 heures après les élections, nous serions en possession de nos dus. Mais, jusqu’à présent, nous n’avons reçu ni les primes de formation ni les indemnités liées à la journée du scrutin », déplore Macka Baldé, membre d’un bureau de vote et secrétaire du mouvement, au micro du correspondant de siaminfos.com.

Les sommes en jeu ne sont pas symboliques. Elles représentent pour beaucoup un complément de revenu vital, mais aussi la reconnaissance d’un engagement citoyen. Selon les barèmes communiqués en amont du scrutin, la prime de formation s’élève à 150 000 francs guinéens. Pour la journée du vote, les montants variaient selon les responsabilités :

· 500 000 francs pour le président du bureau,

· 400 000 francs pour le vice-président et le secrétaire,

· 300 000 francs pour chacun des deux assesseurs.

Un total qui, pour les quelque 200 bureaux de vote de la commune urbaine, représente une charge financière importante, mais dont le versement était attendu avec une urgence d’autant plus grande que les élections se sont déroulées dans un climat de forte mobilisation citoyenne.

« Nous ne disposons d’aucune information, d’aucun calendrier, d’aucun reçu. Rien. C’est ce vide qui nous inquiète », ajoute Macka Baldé.

Ce qui exaspère le plus les agents de la commune urbaine, c’est l’information, non officielle mais persistante, selon laquelle leurs homologues de certaines localités rurales auraient déjà été payés.

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« Par contre, nous avons appris, de sources sûres, que dans certaines communes rurales, des membres ont déjà perçu leurs primes de formation, notamment à Dara-Labé, Garambé et Popodara. Mais ici, dans la commune urbaine, nous n’avons rien reçu et nous ne disposons d’aucune information », dénonce le secrétaire du mouvement.

Ce deux poids, deux mesures, même s’il n’est pas confirmé par les autorités, agit comme un détonateur. Il nourrit un sentiment d’abandon et de mépris vis-à-vis d’agents qui ont consacré une journée entière, souvent dans des conditions difficiles, à la bonne tenue du scrutin.

Face au silence des autorités locales, la colère s’organise. Les agents électoraux ont remis une lettre de revendication aux services préfectoraux, assortie d’un ultimatum clair.

« Si rien n’est fait d’ici lundi, nous organiserons une manifestation pacifique allant de la préfecture jusqu’au gouvernorat », prévient Macka Baldé.

Une mobilisation qui, si elle venait à se concrétiser, placerait les autorités régionales face à leurs responsabilités, dans un contexte où la transparence des opérations électorales est plus que jamais scrutée par la population et les observateurs internationaux.

Sollicité par notre correspondant, le directeur préfectoral des élections de Labé a opposé une fin de non-recevoir, arguant qu’il lui était « interdit de répondre aux questions des journalistes ». Un silence officiel qui ne fait qu’alimenter les rumeurs et la frustration.

Cette absence de communication contraste avec l’urgence de la situation. Les agents électoraux, qui sont en première ligne de la vie démocratique guinéenne, attendent bien plus qu’un paiement : ils attendent une marque de considération et de respect pour leur engagement.

Alors que le lundi fatidique approche, tous les regards sont tournés vers le gouvernorat de la région de Labé. La balle est désormais dans le camp des autorités. Un déblocage rapide des fonds et une communication claire pourraient désamorcer une crise qui, pour l’heure, semble avoir été sous-estimée.

Ce dossier révèle, une fois de plus, les fragilités du système administratif guinéen en période post-électorale, et l’urgence d’une meilleure gestion logistique et financière des scrutins.

Labé, Bachir Diallo, pour siaminfos.com

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