Le tribunal de première instance de Labé a rendu son verdict vendredi dans le dossier dit de la « viande impropre à la consommation ». Sur le banc des accusés, dix prévenus, dont le président des bouchers, un vendeur de bétail, un vétérinaire et sept autres bouchers, poursuivis pour atteinte à la santé publique. Tous ont été relaxés par le président Boubacar 3 Barry, qui a suivi les arguments convaincants de la défense.
L’audience avait débuté sous tension. Le procureur avait requis des peines sévères : un an de prison ferme et 5 millions de francs guinéens d’amende contre Boubacar Kanté (président des bouchers), Mamadou Dian Kokouma Diallo (vendeur de bétail) et Mamadou Kalidou Diallo (vétérinaire). Pour les sept autres bouchers, le parquet réclamait six mois d’emprisonnement et la même amende de 5 millions. L’affaire portait sur un lot de viande, provenant de Pita, que la direction préfectorale de l’agriculture et de l’élevage jugeait nuisible à la santé humaine.
Mais c’était sans compter sur la plaidoirie acérée de Maître Thierno Amadou Oury Diallo. L’avocat de la défense a d’abord attaqué la validité du document produit par l’administration. « Ce rapport révèle plusieurs manquements administratifs et est illégal en droit », a-t-il martelé, balayant d’un revers de main la réclamation de 8 millions de francs guinéens que le service de contrôle et de qualité réclamait aux prévenus pour des frais d’enfouissement de la viande. « Faute de pièces justificatives, de reçus ou de factures authentifiés, cette demande doit être écartée », a plaidé l’avocat.
Sur le fond, Maître Diallo a rappelé la bonne foi de son client vétérinaire : « Il a examiné la viande venue de Pita avec rigueur, distinguant clairement la partie impropre à la consommation de celle qui ne l’était pas. À aucun moment cette viande impropre n’a été livrée aux bouchers ni revendue à la population. » L’avocat a précisé que la viande jugée nuisible était justement celle destinée à l’enfouissement, déjà placée dans un moto-tricycle et soigneusement couverte sur instruction du vétérinaire.
Quant à l’origine du bétail, Maître Diallo a apporté une clarification décisive : « Ces bœufs appartenaient à Mamadou Dian Kokouma Diallo. Ils n’ont pas été acceptés par des ressortissantes turques pour un sacrifice et ont été remplacés. Ils sont donc redevenus sa pleine propriété. » En coordination avec le président des bouchers, toutes les dispositions sanitaires ont été prises pour acheminer la viande vers Labé en toute sécurité, a-t-il assuré. « Il n’y a jamais eu de mise en danger de la population. »
Le tribunal a fait sienne cette argumentation. Dans son verdict, le président Boubacar 3 Barry a prononcé la relaxe des dix prévenus, déclarant « non coupables du délit d’atteinte à la santé publique » Boubacar Kanté, Mamadou Dian Diallo, Mamadou Kalidou Diallo, Hamdiata Diakité, Mamadou Diouldé Diallo, Ousmane Barry, Mamadou Lamine Barry, Ibrahima Diakité, Mamoudou Diallo et Mamadou Ciré Diakité.
Sur l’action civile, le juge a déclaré irrecevable la constitution de partie civile de l’Office nationale de contrôle qualité, représenté par madame Aissatou Baldé. Les frais ont été mis à la charge du Trésor public. « Tous ceux qui ne sont pas d’accord ont quinze jours pour faire appel », a conclu le magistrat.
Une décision qui met fin à plusieurs semaines de tension dans la cité de Labé, où les bouchers et éleveurs suivent cette affaire avec une attention particulière.
Labé, Bachir Diallo, pour siaminfos.com
