L’affaire qui secoue la préfecture de Labé a connu son premier acte judiciaire ce jeudi 10 juin 2026 devant le Tribunal de première instance. Dix prévenus, dont le président de la corporation des bouchers, ont comparu pour détention et vente présumées de viande nuisible à la santé humaine.
Les débats ont été houleux, jeudi, à l’audience du TPI de Labé. Au cœur du dossier : une cargaison de viande en provenance de Pita, jugée impropre à la consommation par les services vétérinaires, qui aurait failli être écoulée sur les étals de la ville. Dix personnes, majoritairement des bouchers, répondent des faits. Quatre d’entre elles ont été entendues avant la suspension d’audience, fixée à ce vendredi pour la poursuite des débats de fond.
À la barre, Boubacar Kanté, président des bouchers de Labé, a fermement nié toute implication dans la commercialisation de cette viande douteuse. Selon sa déposition, c’est Mamadou Dian Kokouma Diallo, un vendeur de bœufs, qui l’a contacté de nuit pour lui proposer d’écouler une viande de provenance pitaise, un frigo étant tombé en panne.
« Mamadou Dian Kokouma m’a appelé la nuit. Il m’a dit qu’il avait de la viande en provenance de Pita qu’il voulait revendre à Labé. Je lui ai demandé de m’aider à l’écouler pour ne pas accumuler les pertes. J’ai accepté sous réserve que notre vétérinaire examine la viande », a expliqué Boubacar Kanté.
Il a poursuivi : « La viande est venue. Je me suis concerté avec les bouchers pour qu’on se réserve d’abattre les bœufs ce jour-là et pour écouler cette viande proposée à 55 000 FG le kilo. Tous ont accepté, sauf deux. Le matin, le vétérinaire est venu à la chambre froide. Il a constaté qu’une partie était bonne, l’autre mauvaise. Cette dernière allait être évacuée pour enfouissement. »
Le président des bouchers a mis en cause Alpha Moussa, l’un des deux réfractaires, qu’il accuse d’avoir alerté un gendarme pour dénoncer une vente de viande avariée. « Je ne suis ni de près ni de loin impliqué », a-t-il martelé.
Son avocat a abondé : « Boubacar Kanté n’a ni détenu, ni vendu cette viande. Elle n’était pas destinée à la population gratuitement par des Turques, comme il a été dit, et il n’y a eu aucun détournement. »
Mamadou Dian Kokouma Diallo, l’importateur de la viande, a reconnu avoir acheminé la marchandise de Pita vers Labé, mais en jurant avoir respecté toutes les procédures légales, avec l’expertise d’un vétérinaire.
Il a détaillé son parcours : « J’ai eu un contrat d’achat de 200 bœufs pour des partenaires turcs. Après l’achat à Koundara, ils n’ont pas tout pris. Vingt-cinq bêtes m’ont été restituées car, selon eux, elles présentaient des anomalies (cornes cassées, dent enlevée) les rendant impropres au sacrifice. J’ai subi des pertes : des bêtes sont mortes en route, d’autres se sont échappées. Pour ne pas tout perdre, j’ai fait abattre ces bœufs. »
Le drame est survenu le dimanche des élections législatives et communales : « Le frigo de stockage est tombé en panne. J’ai donc proposé d’envoyer une partie de la viande à Labé, ville plus grande que Pita. Au total, 19 têtes. Mais je me suis assuré de son bon état via le vétérinaire de Pita, et à Labé, un autre vétérinaire a examiné la viande. Sa conclusion était claire : une partie impropre, l’autre bonne. La viande impropre n’a jamais été livrée aux bouchers. »
Le vétérinaire : « Une cuisse de mauvaise qualité s’est retrouvée à la boucherie sans mon accord »
Mamadou Kalidou, le vétérinaire mis en cause, a défendu son professionnalisme : « J’ai bien vérifié la viande. J’ai constaté que les ganglions étaient appréciables d’un côté, mais qu’une autre partie avait changé de couleur, donc impropre. Il fallait la mettre de côté pour l’enfouissement. Malheureusement, une cuisse de mauvaise qualité s’est retrouvée à la boucherie sans que je sache comment. C’est au moment où je me rendais à la boucherie pour la récupérer que j’ai été interpellé par la gendarmerie. »
Hamdiata Diakité, l’un des prévenus, a admis avoir reçu 89 kilos de cette viande pour la vente. Il affirme avoir écoulé 77 kilos, les 12 restants étant invendus. Selon lui, la viande était saine : « Personnellement, cette viande ne souffrait d’aucune nocivité. Personne ne s’est plaint d’un malaise après l’avoir consommée, et ma propre famille en a mangé sans aucun problème. »
Le procureur a requis ce vendredi la comparution du directeur préfectoral de l’agriculture et de l’élevage, afin qu’il revienne sur le prélèvement effectué sur la viande. Ce prélèvement aurait confirmé que la marchandise était impropre à la consommation, un rapport ayant été établi en ce sens.
Après des heures de débats intenses, le président du tribunal a ordonné la suspension de l’audience. Les débats de fond reprendront ce vendredi 11 juin 2026, avec l’audition des six autres prévenus et l’examen des pièces scientifiques.
Affaire à suivre.
Labé, Bachir Diallo pour siaminfos.com
