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Sénégal: Faye contre Sonko, le budget bloque le pays et menace l’accord avec le FMI

SÉNÉGAL / POLITIQUE

Troisième rejet du budget 2026, demande de retrait du budget 2027, gouvernement absent en commission. À Dakar, le duel entre le Président Bassirou Diomaye Faye et le Président de l’Assemblée Ousmane Sonko a viré au blocage institutionnel. En jeu: 2,2 milliards de dollars du FMI.

Dakar, 6 novembre 2026 – Le Sénégal vit une crise politique sans précédent depuis l’arrivée au pouvoir du duo Faye-Sonko en mars 2024.

Mardi 3 novembre, l’Assemblée nationale a rejeté, pour la troisième fois depuis le 23 octobre, le projet de loi de finances rectificative (LFR) pour 2026 porté par le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Mohamed Lô. Selon le décompte officiel rectifié, 126 députés ont voté pour le rejet, contre 20 oppositions et 3 abstentions.

La majorité parlementaire, conduite par les Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité (PASTEF), qui compte 130 députés sur 165, s’oppose vivement à l’accord conclu entre Dakar et le FMI.

Pourquoi le PASTEF dit non ?

Le texte rejeté prévoyait une révision à la baisse des recettes à 5 848,7 milliards FCFA, contre 6 188,8 milliards initialement, et une hausse des dépenses à 7 583,9 milliards FCFA. Le déficit était ainsi porté à 7,6% du PIB, contre 5,4% dans le budget initial, loin du plafond de 3% fixé par l’UEMOA.

Mais au-delà des chiffres, les députés du PASTEF contestent la sincérité des prévisions et surtout l’accord avec le FMI, perçu comme une perte d’indépendance économique.

Le Sénégal négocie avec le FMI un programme de 2,2 milliards de dollars sur la période 2026-2029. Un accord technique a été conclu en septembre, mais il reste soumis à l’approbation du Conseil d’administration du FMI. Sans adoption de la LFR 2026, ce programme est menacé.

Le pays se débat avec une dette publique colossale, qui atteignait 132% du PIB à la fin 2024, en partie accumulée sous la présidence de Macky Sall (2012-2024), après la révélation de près de 13 milliards de dollars de dettes cachées.

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Jeudi, le bras de fer s’aggrave

Jeudi 5 novembre, nouveau coup de théâtre: l’examen de la loi de finances initiale (LFI) 2027 devait débuter en Commission des finances. Le gouvernement a brillé par son absence.

La veille, la Commission avait demandé le retrait pur et simple du projet de budget 2027, au motif que le rejet de la LFR 2026 remettait en cause les hypothèses de référence du budget à venir. Le ministère de l’Économie a dénoncé une « manœuvre d’obstruction » et accusé la Commission de vouloir délibérément bloquer l’effort du Président pour restaurer les finances du pays.

La séance a été reportée au samedi 7 novembre à 9h. Tous les regards sont désormais tournés vers cette échéance.

Faye – Sonko: la rupture devenue institutionnelle

Derrière ce bras de fer budgétaire, il y a une rupture politique devenue institutionnelle.

Le divorce entre le Président Bassirou Diomaye Faye et son ancien camarade de lutte Ousmane Sonko, écarté de la Primature en mai 2026, a été précipité par l’accord avec le FMI. Sonko, désormais Président de l’Assemblée nationale, conserve une influence déterminante sur le PASTEF.

« C’est un blocage institutionnel, mais qui illustre aussi que les institutions démocratiques sont respectées, chacune dans son rôle, un fait rare dans la région », tempère Ibrahima Mbodj, chercheur au think tank Afrikajom.

D’autres évoquent le spectre de la dissolution de l’Assemblée nationale. La Constitution interdit cette procédure pendant les deux premières années d’une législature, un délai qui arrive à échéance début décembre. Aucune décision n’a été annoncée, mais l’hypothèse alimente tous les débats à Dakar.

Pendant ce temps, l’APR, l’ancien parti de Macky Sall, a appelé jeudi 5 novembre à la formation d’un « puissant bloc politique » contre le PASTEF, dénonçant une « guérilla institutionnelle » et une « gouvernance de ruine ».

Le Sénégal n’a pas le luxe de l’impasse. Il a l’obligation du compromis.

A16, pour Siaminfos.com

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