Djelibakôrô (Kankan ): des jeunes dans la rue pour s’opposer à la candidature du PDS, ils dénoncent gestion opaque et irrégularités financières
Une vive contestation a secoué ce mardi la commune rurale de Djelibakôrô, située à une quatre-vingtaine de kilomètres de Kankan, dans l’est de la Guinée. Des jeunes en colère ont défilé dans les rues pour exprimer leur refus catégorique de voir le président de la délégation spéciale (PDS) locale être candidat aux prochaines élections communales.
Leur principal grief : deux années de gestion sans aucune reddition de comptes, ce qui, selon eux, disqualifie d’office les responsables sortants. « Ils n’ont jamais fait de compte-rendu de leur gestion. Nous ne pouvons pas accepter que ces mêmes personnes, qui n’ont rien fait pour notre commune, soient à nouveau candidates. Les principes imposés aux anciens membres des délégations spéciales n’ont nullement été respectés ici », a lancé Mamadi Seiba Keïta, un habitant mobilisé contre cette candidature.
Pancartes à l’appui, les manifestants ont dénoncé ce qu’ils perçoivent comme une tentative de reconduction déguisée des mêmes équipes, en dépit d’un bilan jugé nul.
Au-delà de l’opacité dénoncée, la jeunesse locale pointe plusieurs irrégularités financières. Selon Lasso Keïta, porte-parole du bureau de la jeunesse de Djelibakôrô, des travaux de finition d’un bâtiment communal auraient été facturés à plus de 95 millions de francs guinéens (environ 9 500 dollars), alors que l’édifice était déjà construit.
Autre point de crispation : l’attribution à tort au président de la délégation spéciale de la paternité d’une mosquée. Cette dernière aurait en réalité été entièrement financée par un ressortissant local établi en Côte d’Ivoire. « Mentir à sa population est une pratique que nous n’accepterons plus », a tranché le porte-parole.
Par ailleurs, des responsables de la jeunesse ont mis en cause la confection des listes électorales, qu’ils jugent imposée sans aucune consultation des populations locales.
Joint par nos soins, le président de la délégation spéciale, Fanta Fodé Kouyaté, a très vite minimisé l’ampleur du mouvement. Selon lui, moins d’une trentaine de personnes ont pris part à la mobilisation dans une commune qui compte plus de 2 000 habitants, qualifiant l’événement de « non-événement ».
M. Kouyaté a également précisé avoir démissionné de son poste de PDS avant de se porter candidat, sous les couleurs du Groupe des Mêmes pour le Développement (GMD). Il a refusé de répondre point par point aux accusations, estimant qu’il s’agissait de « provocations » indignes d’un débat électoral sain.
Cette contestation intervient alors que la Commission électorale nationale indépendante (CENI) prépare activement le scrutin communal. À Djelibakôrô, le bras de fer entre jeunesse locale et autorités sortantes illustre la défiance grandissante envers les délégations spéciales, souvent accusées de gérer sans contrôle ni transparence. Reste à savoir si l’argumentaire du PDS suffira à éteindre une contestation qui, malgré son ampleur relative selon lui, traduit une méfiance profonde dans cette commune rurale.
Kankan, Mohamed Aly Keita pour Siaminfos.com
