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Effondrement des immeubles à Matoto : un ingénieur BTP explique ce qui pourrait être la cause et fait des recommandations

Dans l’après-midi du lundi, 11 juillet 2023, deux immeubles en construction se sont effondrés à la Cité des logements sociaux à Yimbaya 2, dans la commune de Matoto. Ce drame d’une grande envergure a coûté la vie à plusieurs ouvriers qui travaillaient dans ce chantier piloté par l’État guinéen.

Cette situation ne laisse pas indifférents les acteurs dans le domaine. Interrogé ce mardi, 11 juillet par un journaliste de siaminfos.com, Sâa Michel Oularé, ingénieur civil et membre de l’Office National des Ingénieurs de Bâtiment et de Travaux Publics (ONIBAT) a tout d’abord commencé par déplorer l’interprétation que certains observateurs font de tels drames.

« Souvent quand il y a effondrement, le nom des Ingénieurs est en avant. Mais quand nous menons des enquêtes, il ressort en général que la prescription des Ingénieurs n’est pas prise en compte ou que les Ingénieurs sont relégués au bas de l’échelle. Dans certaines constructions, on ne trouve même pas d’ingénieur, mais des ouvriers qualifiés ou des aides Ingénieurs, voire même des beaux parleurs », a-t-il déploré.

En ce qui concerne le cas de l’effondrement des immeubles à Matoto, notre interlocuteur indique que le système de dalle utilisé par l’entreprise, qui serait une entreprise étrangère, n’est pas adapté à ces genres de construction.

« Nous, en Guinée le plus souvent, le système qu’on utilise, c’est le système de dalle à poutres. La dalle est reposée sur les poutres. Les poutres aussi transmettent le poids aux poteaux. Mais eux, c’est la dalle directement liée aux poteaux. Donc la dalle transmet les efforts directement aux poteaux. Ce système requiert un contrôle strict pendant l’exécution de cet ouvrage. Le contrôle pendant l’exécution doit être très très rigoureux. Mais s’il n’y a pas de contrôle strict et que le projet est exécuté ainsi, il y a des risques qu’il y ait de non conformités. Et c’est ces non conformités qui conduisent à ces accidents, d’effondrement et autres », a expliqué Sâa Michel Oularé.

Même étant novice, poursuit-il, « nous remarquons dans ce chantier que les poteaux sont sous dimensionnés, vu la destination de l’ouvrage (logements sociaux). Le type de ferraillage aussi n’est pas adapté à ce type de dalle mais plutôt pour les dalles à poutres,… Le manque de contrôle; vu que c’est un projet du gouvernement, cet aspect est souvent négligé », a martelé l’ingénieur des BTP.

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Pour remédier à cette situation, Sâa Michel Oularé pense qu’il est nécessaire de revoir les nominations à la tête des différents départements techniques comme l’habitat et les travaux publics.

« Je n’ai jamais vu un Ingénieur nommé ministre de la Santé ou un médecin comme ministre de la Justice. Le domaine de la construction à savoir les TP, l’habitat est géré à majorité par des personnes novices dans la matière. Comment vont-ils avoir la vision d’anticiper les actions ? L’Ordre National des Ingénieurs de Bâtiments et de Travaux Publics (ONIBAT) est totalement mis à l’écart. Et comme ne connaissant pas le domaine, ils se confient souvent aux entreprises étrangères qui viennent et construisent comme elles veulent sans contrôle, sans être inquiétées », a-t-il martelé.

En outre, notre interlocuteur recommande aux autorités de mettre les ingénieurs de bâtiments et travaux publics dans les meilleures conditions de travail leur permettant d’exercer librement et avec professionnalisme leur travail.

« S’il y a catastrophe, l’ingénieur est mis en cause. Il faudrait que tous les autres département lui donne les moyens nécessaires (humains, matériels, financiers) pour qu’il exerce de façon précis son activité pour le bonheur de tous. En plus, mettre un accent sur nos Ingénieurs locaux, les mettre en confiance, les confier des projets d’envergures avec des conditions propices pour leur épanouissement. C’est en cela que notre Nation pourra se développer avec ses fils main dans la main », a-t-il exhorté.

Dans cet entretien, Sâa Michel Oularé n’a pas manqué de revenir sur la place qu’occupe un ingénieur dans le domaine de la construction. C’est notamment de veiller sur la conformité des plans en lien avec la destination de l’ouvrage; de donner à l’ouvrage le squelette utile pour son existence, sa stabilité et sa durabilité; de veiller sur l’étude sur sol pour savoir avec précision la couche ayant les caractéristiques pour supporter le futur ouvrage projeté; de veiller à la supervision de l’ouvrage pendant la construction pour minimiser, voire même éliminer les non conformités qui peuvent affectés la qualité de l’ouvrage, entre autres.

 

Abdourahmane Pilimini Diallo pour siaminfos.com

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