Un scandale financier secoue le district de Mamadiana, dans la préfecture de Mandiana, où des citoyens accusent l’équipe dirigeante d’avoir détourné des fonds communautaires issus des retombées de l’exploitation minière. La justice a ouvert une enquête pour faire toute la lumière sur ces allégations.
C’est une affaire qui divise profondément les habitants de Mamadiana. Depuis plusieurs semaines, les langues se délient et les accusations fusent contre l’actuelle équipe dirigeante du district, soupçonnée de malversations financières. Au cœur du litige : une somme estimée à 230 millions de francs guinéens (GNF), provenant des revenus générés par les activités minières et destinée au développement local.
Face à la persistance des dénonciations, le procureur général près la Cour d’appel de Kankan, Marouane Baldé, a saisi le procureur de la République près le Tribunal de première instance de Mandiana. Une enquête a été ordonnée pour vérifier la réalité des faits rapportés.
Selon les plaignants, les dysfonctionnements auraient débuté avec l’installation de la nouvelle équipe dirigeante, mise en place après la dissolution des anciens bureaux de district durant la période de transition. Depuis lors, aucune reddition des comptes n’aurait été présentée à la population, suscitant méfiance et colère.
Aboulaye Diakité, ancien président du district, est l’un des principaux porte-voix de cette contestation. Il assure que son équipe rendait régulièrement compte de sa gestion aux habitants, contrairement aux responsables actuels.
« Pendant neuf ans, nous avons géré les affaires du village en toute transparence. La nouvelle équipe a passé huit mois sans fournir de rapport financier à la communauté », a-t-il dénoncé.
Des vérifications menées par certains habitants auraient révélé un écart financier de près de 230 millions GNF, une somme qui interroge et alimente les soupçons.
La jeunesse locale, très mobilisée, soutient fermement la démarche engagée. « Nous demandons simplement que la vérité soit établie. Si des fonds appartenant à la communauté ont disparu, les responsables doivent répondre de leurs actes », a insisté un représentant du mouvement citoyen, sous couvert d’anonymat.
Contacté par téléphone, le président du district de Mamadiana, Fanta Abou Keïta, a catégoriquement rejeté les allégations de détournement. Il dénonce une instrumentalisation politique et des attaques motivées par des rivalités personnelles liées à sa nomination.
« Depuis notre arrivée, certaines personnes contestent systématiquement notre gestion. Il n’y a jamais eu de détournement de 230 millions de francs guinéens », a-t-il martelé.
Le responsable affirme avoir multiplié les initiatives de concertation pour apaiser les tensions, mais sans succès. « Nous avons tenté d’organiser des rencontres avec les différents acteurs de la communauté, mais la méfiance reste tenace », a-t-il regretté.
Face à l’ampleur des dénonciations, le parquet de Mandiana a transmis le dossier aux services d’investigation compétents. Le procureur a confirmé l’ouverture d’une enquête, tout en rappelant la nécessité de laisser les enquêteurs travailler sereinement.
« Les investigations sont en cours. Il s’agit de déterminer s’il existe ou non des éléments susceptibles de caractériser une infraction de détournement », a précisé le magistrat.
Ce dernier a également indiqué avoir été informé de contestations relatives à la qualité juridique de certains plaignants à agir dans cette procédure. Une observation qui, selon lui, ne remet pas en cause la poursuite des investigations.
Au-delà du cas particulier de Mamadiana, cette affaire met en lumière les enjeux cruciaux liés à la gestion des revenus miniers dans les zones d’exploitation. La transparence dans l’utilisation de ces fonds, censés bénéficier aux communautés locales, est devenue une exigence forte des populations, souvent déçues par le manque de retombées concrètes.
À Mamadiana, l’attente est désormais tournée vers la justice. Les conclusions de l’enquête détermineront si des poursuites pénales seront engagées. En attendant, le climat reste tendu, et les débats, vifs, traduisent une défiance grandissante entre les dirigeants locaux et une partie de la population.
L’affaire pourrait faire jurisprudence dans la région, où la gouvernance des ressources minières est de plus en plus scrutée par des citoyens déterminés à faire valoir leurs droits.
À suivre..
Mohamed Aly Keita pour Siaminfos.com
