Le verdict est tombé au tribunal de première instance de Kankan : six responsables syndicaux ont été reconnus coupables après avoir barricadé un axe routier dans la localité de Diankana, à quelques kilomètres de la ville. Une affaire symptomatique des frictions croissantes entre revendications sociales et cadre légal.
Les faits : un blocage nocturne aux conséquences judiciaires
C’est aux environs de 2 à 3 heures du matin que des syndicalistes, épaulés par des chauffeurs, ont érigé des barricades sur un axe stratégique de Diankana, paralysant toute circulation. Leur cible : une convention de transport liant la Guinée à une société malienne, qu’ils entendaient contester par l’action directe.
Face à la presse, le procureur de la République Fodé Bintou Keïta a retracé la chronologie des événements. Selon lui, les tentatives de médiation du préfet se sont heurtées à l’intransigeance des manifestants, contraignant le parquet à ouvrir une procédure judiciaire.
Un dossier aux charges multiples
Huit personnes ont d’abord été mises en examen. Les chefs d’inculpation retenus : attroupement non autorisé sur la voie publique, outrage à agent en exercice et coups et blessures volontaires. La découverte de substances psychotropes dans le véhicule de l’un des suspects est venue alourdir le dossier.
À l’audience, le parquet a néanmoins concédé l’insuffisance de preuves contre deux prévenus, dont la mise hors de cause a été requise en application de l’article 544 du Code de procédure pénale. Seuls six ont donc comparu jusqu’au jugement.
Le verdict : peines fermes et amendes
Le tribunal a reconnu la culpabilité des six prévenus. Le principal condamné écope de six mois d’emprisonnement ferme et d’une amende d’un million de francs guinéens. Ses cinq coaccusés ont été condamnés à 28 jours de prison ferme, assortis de la même sanction pécuniaire.
Le procureur Keïta s’est dit satisfait de l’issue du procès, relevant que la défense a plaidé coupable sur les infractions retenues, ce qu’il interprète comme une validation des poursuites engagées.
L’avocat de la défense, Ibrahima Kalil Kanté, a pour sa part salué une décision équilibrée, estimant que le tribunal a su peser à la fois la matérialité des faits et le contexte social dans lequel ils s’inscrivaient.
Un signal judiciaire fort
Au-delà du cas d’espèce, ce jugement pose une question de fond : jusqu’où peut aller l’action syndicale sans franchir la ligne pénale ? Si le droit de manifester est constitutionnellement garanti, ses modalités d’exercice demeurent strictement encadrées, comme vient de le rappeler ce tribunal avec une clarté sans ambiguïté.
À Kankan, le verdict résonne autant comme un avertissement que comme un appel au dialogue : entre défense des intérêts professionnels et respect de l’ordre républicain, la frontière est étroite, et la justice entend bien en être la gardienne.
Mohamed Aly Keita pour Siaminfos.com
