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Bilan économique du CNRD, crispation du climat sociopolitique, élections futures : cette mise au point d’Abdoulaye Soumah, universitaire et doctorant

Le 5 septembre 2023, le Comité National du Rassemblement pour le Développement (CNRD) a célébré ses 2 années de gestion au pouvoir, en Guinée. Si le pouvoir de Conakry dresse un bilan globalement positif, ils sont nombreux ces observateurs qui trouvent le bilan mitigé. C’est le cas notamment d’Abdoulaye Soumah, enseignant chercheur dans les universités publiques guinéennes et doctorant sur les questions de politique économique dans les pays en développement, à l’université de Gaston Berger de Saint Louis, au Sénégal. Dans une interview exclusive qu’il a accordée à notre rédaction ce samedi, 16 septembre 2023, il a passé en revue le bilan économique du CNRD, la crispation du climat sociopolitique, mais également les élections qui pointent à l’horizon dans le pays.

Selon notre interlocuteur, par ailleurs directeur général du cabinet ingénierie, études et expertise, le bilan économique du CNRD est globalement mitigé : « Le bilan des 2 années de gestion du CNRD au pouvoir sur le plan économique, il y a des aspects positifs mais de matière globale mitigé. Les aspects positifs dans le sens que le CNRD a pu mettre en place des instruments de canalisation de la mauvaise gouvernance qui s’inscrivent un peu sur la droite ligne de la Cour de Répression des Infractions Économiques et Financières (CRIEF). En plus de cela, le CNRD a pu mettre en place un agenda de gestion de manière rigoureuse. Chaque ministère a un agenda de contrôle et d’évaluation des différents administrateurs. Mais le résultat de manière globale est peu mitigé parce que la transition de manière générale n’est pas bonne pour le pays. Mais dans le sens où elle cherche à résoudre les problèmes de manière définitive, elle sera la bienvenue », a-t-il indiqué d’entrée.

Dans le cadre du Programme de référence intérimaire (PRI), pas moins de 403 projets ont été élaborés par la junte guinéenne. Pour financer ce programme, le pouvoir de Conakry entend mobiliser 4 milliards de dollars à l’issue de la table ronde des bailleurs de fonds. Là-dessus, Abdoulaye Soumah met le point sur le ‘’i’’ : « La mobilisation des ressources dans un tel contexte pour la Guinée, normalement, il y a deux hypothèses qu’il faut d’abord dégager. La première hypothèse, c’est celle qui donne une grande opportunité à ce pays de ne pas beaucoup tendre la main à l’extérieur pour le financement. C’est vraiment quelque chose de naturel que Dieu a donné à ce pays. Mais qu’à cela ne tienne, on peut aller à la deuxième hypothèse qui est toujours le concours de l’extérieur pour le financement de certains méga projets pour le pays. Donc, si c’est dans cette ligne les questions de mobilisation pour le financement d’un tel programme avec une période exceptionnelle va poser un peu de problème pour le pays parce que c’est vrai que la maturité économique pouvait nous le permettre, mais les instruments internes ne sont pas mieux préparés pour pouvoir répondre à une telle attente », a-t-il martelé.

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Depuis plusieurs mois maintenant, le CNRD et les Forces Vives de Guinée (FVG) semblent ne plus conjuguer le même verbe. Le collectif exige du pouvoir de Conakry la mise en place d’un autre dialogue présidé par la Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Pour notre interlocuteur, l’entente entre les parties sera d’une importance capitale : « La gestion de la transition pose des schémas très complexes pour le pays parce que les acteurs qui doivent être impliqués pour la gestion d’une telle transition n’ont pas les mêmes objectifs. Donc, compte tenu de la divergence de ces objectifs, c’est un peu difficile de mobiliser tous les acteurs autour de la table pour pouvoir vraiment concourir à un objectif commun. Donc à ce niveau, il est demandé à toutes les parties prenantes de s’écouter pour le bien-être de la population et de travailler pour l’intérêt commun de la nation », a-t-il lancé.

Théoriquement, le CNRD doit rendre le pouvoir à un régime civil en décembre 2024, selon l’accord signé avec la CEDEAO. Pour financer les programmes de la transition devant aboutir au retour à l’ordre constitutionnel, la junte a besoin de 600 millions de dollars. Selon l’universitaire, la Guinée peut bel et bien mobiliser les 80% de ce montant rien qu’à l’interne : « Le coût des élections de manière globale dans le monde est difficile à maîtriser. La première raison est due au nombre d’électeurs et au nombre de participants aux élections. C’est des aspects très compliqués à pouvoir maîtriser. Mais, quand vous prenez l’histoire des élections dans le monde, chaque année quand un État organise une élection, l’année suivante, il y a toujours une augmentation de 5%, 10%, 20% du coût global de l’ancienne élection qui a été organisée. Donc, le montant qui a été demandé par le gouvernement pour le retour à l’ordre constitutionnel, en ma qualité de doctorant sur les questions de politique économique dans les pays en développement, je crois que la Guinée dispose assez de marge de manœuvre à l’interne pour pouvoir mobiliser jusqu’à 80% de ce montant. Il y a au moins quatre (4) leviers sur lesquels le pays pourrait exploiter de manière efficiente et pouvoir mobiliser les ressources à l’interne avec la compréhension de toutes les parties prenantes sans tendre la main à l’extérieur. Aujourd’hui, l’économie de la Guinée a près de 65 ans d’expériences de gestion économique. Connaissant les potentialités que le pays regorge, je crois que la mobilisation de ce montant ne doit pas poser assez de soucis financiers pour le pays, connaissant les techniques financières de mobilisation de ressources », a-t-il conclu.

 

Mohamed Lamine Souaré pour Siaminfos.com

 

 

 

 

 

 

 

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