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Affaire boisson énergétique 24H: Un spécialiste des questions agroalimentaires révèle des incohérences sur les analyses de l’ONCQ

Le Mercredi 18 janvier 2023, le ministère du Commerce à travers l’Office national de contrôle de qualité (ONCQ), a demandé à ses services techniques déconcentrés à Conakry et à l’intérieur du pays de procéder à la saisie, au retrait et à la destruction de la boisson énergétique «24H». Il s’agissait du lot allant du mois de décembre 2022 à au 18 janvier 2023. Ce, après des analyses qui, selon l’ONCQ confirment que la boisson énergétique 24H de 330 ml et 500 ml sont impropres à la consommation.

Mais depuis, certains observateurs s’interrogent sur la fiabilité des résultats des analyses de l’Office national de contrôle qualité dans cette affaire. C’est le cas notamment de Dr Ibrahima Diari Diallo. Dans une interview qu’il a accordée à notre rédaction, ce spécialiste des questions agroalimentaires a révélé quelques irrégularités.

« Premièrement, il faut savoir qu’il est du rôle régalien de l’Office National de Contrôle Qualité de partir sur le terrain faire des prélèvements et réaliser des analyses afin de contrôler la qualité des denrées alimentaires vendues sur le marché national. Mais, ça doit se faire sur la base des spécifications techniques, des normes adoptées ou élaborées par l’Institut guinéen de normalisation (IGNM). Pour ce qui est du cas des boissons énergisantes, comme les boissons 24h, l’Institut guinéen de normalisation n’a pas encore élaboré des spécifications techniques. Je suis donc surpris de voir que l’Office a réalisé des analyses sur la base des spécifications techniques non élaborées par l’Institut guinéen de normalisation, non validées, non vulgarisées, et non connues par les acteurs notamment les entreprises agroalimentaires. L’office ne peut être à la fois juge et partie. Donc, sur cette base, je pense qu’on peut attaquer les résultats de l’Office National Contrôle Qualité. La deuxième incohérence majeure est le non-respect de la durée normale des analyses. Quand vous regardez le premier bulletin, la durée d’analyse est environ 48 heures (durée normale). Par contre, le second échantillon qui a été prélevé le 09 janvier, les résultats rendus disponibles à l’entreprise le 10 janvier 2023, vous voyez que la durée d’analyse est assez réduite, elle n’atteint même pas 24 heures. La question qui se pose derrière, quelle a été la pertinence, l’urgence et l’importance de réduire la durée des analyses alors que techniquement, il y a des germes qu’ils ont recherchés, qui ne peuvent pas être détectés avant 48 heures ? De ce point de vu là également, ces résultats sont discutables et attaquables.

L’autre contradiction ou énormité constatée est que les résultats d’analyses de l’ONCQ montrent la présence des bactéries anaérobies sulfito-réducteurs (ASR) dans la boisson alors que son acidité est qualifiée d’être élevée (6,7%) avec un ph inférieur à 4.  Techniquement et scientifiquement ce n’est pas possible, car l’élévation de l’acidité ne permet pas à ces genres de bactéries de se développer dans la boisson. Donc, je ne peux pas comprendre comment est-ce que l’Office National Contrôle Qualité peut nous dire que l’acidité est élevée mais qu’ils ont trouvé des bactéries à l’intérieur. Ce n’est pas compréhensible et les résultats issus de la contre-expertise conforte ma position », explique notre interlocuteur avant de poursuivre.

« Suite à ça, l’Office National de Contrôle Qualité et l’entreprise ont visiblement trouvé un laboratoire de façon consensuelle pour réaliser une contre analyse, le laboratoire a rendu les résultats à l’ONCQ depuis mars 2023. La question qu’on se pose aujourd’hui, pourquoi ni madame la ministre, ni l’Office National de Contrôle Qualité, n’a rendu disponible le contenu de ce rapport ? Il se trouve que dans ce rapport, 15 échantillons ont fait l’objet d’analyses contrairement aux deux échantillons qui font l’objet de contestation analysés par L’ONCQ. Le rapport montre que les 15 échantillons sur 15 sont conformes et propres à la consommation humaine. Quand vous regardez ce bulletin d’analyse de ce laboratoire, l’acidité qui est l’un des paramètres incriminés, n’a même pas atteint 1%, il est autour de 0,5 à 0,6% alors que l’Office National de Contrôle Qualité avait trouvé quant à lui de 6,7%. Pour ce qui est des bactéries ASR, les résultats de ce laboratoire ne montrent pas la présence des bactéries dont parle l’ONCQ. Les résultats de ce laboratoire qui est accrédité bottent en touche ceux de l’ONCQ. A mon avis, et compte tenu de toutes ces énormités et contradictions, les analyses de l’ONCQ restent discutables et attaquables du point vue exigences légales et réglementaires. J’aimerais bien voir la personne qui peut convaincre ou justifier de la fiabilité des résultats », a-t-il indiqué.

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Plus loin, notre interlocuteur fait savoir qu’il « est important de rappeler que, le cadre légal et réglementaire du Contrôle Qualité en Guinée repose sur deux institutions. C’est l’Institut guinéen de normalisation qui est chargé d’élaborer des normes et des spécifications techniques. Il est un législateur en quelque sorte. L’Office National de Contrôle Qualité vient en seconde position pour vérifier l’applicabilité des normes et spécifications techniques sur le terrain et réaliser le contrôle qualité, mais si le premier (IGNM) n’assume et n’assure pas sa mission régalienne, l’office ira dans la perdition parce qu’il n’aura pas les outils nécessaires pour faire son travail. Il est important de souligner, que le contrôle qualité des aliments c’est du droit, mais le droit n’est pas forcément du contrôle qualité. Ce que je veux dire par là, c’est que vous ne pouvez pas réaliser un contrôle qualité en outrepassant les exigences légales et réglementaires, les données techniques et scientifiques, espérant avoir des résultats fiables, crédibles et répétables. Dans le domaine de la qualité, c’est comme le droit, « la forme commande le fond ». Et dans ce dossier, vous pourrez comprendre qu’avec les incohérences relevées notamment sur la durée d’analyse, les paramètres analysés, les spécifications techniques sur lesquels ils se sont basés et les résultats eux-mêmes entachent fortement in fine la crédibilité de ce dossier et le rapport d’analyses produit par l’Office National de Contrôle Qualité. Je ne suis pas en train de dire ici qu’ils ne sont pas équipés mais j’ai l’impression qu’il y a un problème de compétence du personnel. Et comme vous le savez, même si vous avez les équipements de pointes avec un personnel sans compétences, non qualifié, pour manipuler les équipements, il va s’en dire que les résultats ne peuvent être que ce que nous avons actuellement. Ils ne seront pas à la hauteur des attentes et des enjeux car assez d’erreurs dans les analyses », indique Ibrahima Diari Diallo.

Pour atteinte à la santé publique, l’État guinéen a assigné la société devant la CRIEF. Mais pour ce spécialiste de questions agroalimentaires, la CRIEF n’est pas compétente en la matière. « J’aimerais que les juristes parviennent à me convaincre avec preuve ou que le procureur me donne cette disposition de l’ordonnance de création de la CRIEF, qui lui donne la compétence de juger un tel dossier lié à la non-conformité d’un produit agroalimentaire, d’ailleurs qui n’est pas prouvée parce qu’ils sont poursuivis pour atteinte à la santé publique. Ce n’est pas dans ses attributions. Je n’ai pas vu cette disposition au niveau de l’ordonnance de création de la CRIEF qui permet au procureur de poursuite une entreprise agroalimentaire pour atteinte à la santé publique. D’ailleurs, pour parler d’atteinte à la santé publique, il faut la preuve matérielle. La preuve, c’est soit y a eu un malade ou y a eu un mort suite à la consommation de la boisson. Malheureusement, depuis que ce dossier est ouvert à la CRIEF, est-ce que vous avez vu quelqu’un qui a témoigné qu’il a consommé le produit et que ça a porté atteinte à sa santé ou à sa vie ? La réponse est Non. Donc, je ne vois pas la nécessité de porter ce dossier à la CRIEF. Et même si ce dossier-là devrait être à la CRIEF pour pouvoir être juger, il fallait faire appel à un spécialiste ou à des spécialistes pour pouvoir interpréter le contenu des bulletin d’analyses et des rapports d’analyses de l’Office et des autres laboratoires afin d’éclairer la religion du tribunal. Mais un juge ou un avocat seul n’a pas la compétence technique d’interpréter le contenu d’un bulletin d’analyse d’une denrée alimentaire, même s’il peut avoir une compréhension superficielle et minuscule des données. Je précise qu’à ma connaissance, c’est la première fois dans l’histoire de l’industrie agroalimentaire qu’une entreprise agroalimentaire est assignée en justice, juste pour une soit disant non-conformité mineure d’un produit », a conclu notre interlocuteur.

 

Ibrahima CAMARA pour siaminfos.com

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